25 Novembre 2025
La nuit à venir s’annonce symbolique pour le Rallye des Îles du Soleil 2025. Les deux premiers bateaux, Jackno et Piment Rouge, sont attendus dans la baie de Saint-Louis entre 23 h et 1 h, heure locale (UTC-4). Après plus de deux semaines de mer, la flotte entre dans sa phase finale : pour les leaders, l’heure est aux derniers réglages avant l’atterrissage de nuit dans une zone jalonnée de casiers ; pour les autres, à quelques centaines de milles derrière, c’est la longue glissade de l’approche antillaise qui se confirme.
Créé en 2017 par Grand Pavois Organisation, le Rallye des Îles du Soleil s’articule autour d’un itinéraire désormais bien rodé : rassemblement de la flottille à Marina Jandia (Fuerteventura) le 25 octobre, départ le 31, escale à Mindelo (São Vicente) début novembre, puis relance le 12 vers la Guadeloupe. L’arrivée se joue dans la baie de Saint-Louis à Marie-Galante, avec une fenêtre prévue du 24 au 29 novembre. L’événement revendique une transat encadrée mais dénuée de pression de classement, où la sécurité, la pédagogie et le partage priment, sans empêcher pour autant quelques jolis duels amicaux entre bateaux.
Une première nuit d’arrivées sous surveillance
En tête de flotte, Piment Rouge et Jackno se marquent de près. À bord de Piment Rouge, les prévisions ont tellement joué avec les nerfs de l’équipage qu’on parle désormais de « prévisions imprévisibles » : alizé mal établi, variations de force et de direction, changements de voiles répétés la nuit pour finalement revenir à la configuration initiale. Ces cinq derniers jours, le catamaran rouge s’est employé à combler un retard de plus de 50 milles sur Jackno.
Dans la nuit, la jonction est finalement faite. Il reste environ 100 milles et l’arrivée est désormais envisagée autour de minuit. Reste la question centrale de la sécurité : la côte marie-galantaise est largement balisée par des casiers, et l’équipage a donc prévu projecteurs chargés et double vigie à l’avant pour négocier une approche nocturne prudente. À bord, on savoure aussi la performance de Jackno : « Bruno et Catherine tirent plus de 100 % de leur bateau » note Piment Rouge, en observant aux jumelles la surface de toile généreuse déployée par son compagnon de route.
Derrière les deux leaders, plusieurs voiliers sont désormais en configuration d’approche. Littorina file à 6 nœuds sous grand-voile à un ris et code D, dans une mer belle et un ESE d’une douzaine de nœuds. Là aussi, les calculs convergent vers une ETA de nuit entre mercredi et jeudi ; l’équipage envisage donc de ralentir pour viser une arrivée à la lumière du jour, en « pilotant » la fin de parcours plutôt qu’en la subissant.
Diaoul annonce encore 514 milles à parcourir et une ETA le 29 à 08 h UTC. À bord, la journée de la veille a été rythmée par les alternances de spi et de génois au gré des variations de vent entre 10 et plus de 20 nœuds, sous l’œil des grains. N’Team, de son côté, confirme une arrivée probable le 27, même si le vent s’est assagi à 12-14 nœuds au 105° réel, obligeant à des angles de route moins optimaux que prévus. L’équipage commence déjà à se pencher sur un sujet très sérieux : le programme des bars et restaurants de Marie-Galante.
Pour la majorité de la flotte, cette journée du 25 novembre illustre un alizé encore irrégulier. Oïkia progresse sous voiles en ciseaux, tribord amure, dans 10 à 15 nœuds de vent, ciel parsemé de nuages mais sans grains pour l’instant. Le retour d’un souffle plus frais et d’un peu d’ombre sur le pont soulage l’équipage après les épisodes de pétole et de chaleur intense de la veille.
Jamcat signale lui aussi un vent revenu, permettant une belle journée sous gennaker, même si les sargasses continuent de s’accrocher à l’hydrogénérateur et aux appendices, imposant des marches arrière régulières pour dégager le matériel. L’atmosphère se fait plus lourde et humide à mesure que l’on approche des Caraïbes, mais la ventilation à bord redevient satisfaisante avec ce retour de brise.
Plus à l’ouest, Diva peine à croire aux routages optimistes qui lui promettent une arrivée dans la nuit de mercredi à jeudi : vents plus sud que prévu, longues périodes sur la « mauvaise panne » en attendant une bascule qui ne vient pas, progression jugée trop lente pour tenir les délais annoncés. Mais la vie à bord reste bien occupée entre CNED, bricolage, jeux et même baignades.
Comme souvent sur ce rallye, la gastronomie de bord tient une large place dans les récits. Rebelote enchaîne thon en carpaccio, pizzas maison puis thon à nouveau au menu du jour, pendant que le spi est renvoyé pour « galoper » sur une route désormais plus directe. Littorina poursuit son exploration culinaire autour du thazard, cette fois grillé « à la kerkenienne » complété par un cocktail sans alcool et gâteau chocolat-coco lors d’une soirée festive.
Ozami, toujours décidé à ne pas allumer le moteur, savoure un ceviche de sa prise record, complété par une cuisson au vin blanc, le tout accompagné d’un Puligny-Montrachet 2013. À bord de Sea Garden, on choisit l’humour pour raconter la transat, à travers une pseudo-recette de « thazard au rhum » qui imite les effets d’une bouteille vidée plus vite que le poisson ne cuit, jusqu’au doliprane du lendemain et au grand nettoyage du carré.
À mesure que les jours passent, l’horizon antillais occupe de plus en plus les conversations. Liberty B&B vise toujours une arrivée le 27, en gardant une moyenne prudente et en rappelant que l’objectif reste d’éviter les casiers de pêche à l’approche. À bord, le vent persiste autour de 9-10 nœuds, loin des 15-20 nœuds espérés, mais l’équipage continue de profiter de chaque instant : soirées masques, thé vert sur les paupières et jeux de société où les filles mènent au score.
M Liberta, passé à l’heure de Guadeloupe, met en avant un autre aspect clé de la transat : la dimension humaine. Vivre plusieurs semaines dans un espace réduit, gérer les caractères, savoir mettre l’ego de côté pour le bien du bord : autant de sujets que l’équipage se réjouit déjà d’évoquer à Marie-Galante avec les autres bateaux.
En ce 25 novembre, le Rallye des Îles du Soleil entre donc dans une nouvelle phase : celle des premières arrivées, des stratégies d’atterrissage et des derniers milles à savourer. Entre duels d’étraves, cuisine inventive, pédagogie à distance et réflexions sur ce que change une transat, la flotte trace sa route vers la baie de Saint-Louis, où l’attendent le mouillage… et, pour beaucoup, le premier ti-punch partagé à terre.