24 Novembre 2025
Alors que les premiers bateaux commencent à calculer sérieusement leur heure d’atterrissage sur Marie-Galante, la flotte du Rallye des Îles du Soleil vit une journée contrastée. Certains glissent enfin dans un alizé d’ESE établi à 15-20 nœuds, d’autres s’enlisent encore dans des zones de vent faible, moteur en renfort et patience en bandoulière. Entre routes plein ouest et grands détours vers le sud pour contourner la molle, chacun compose avec son Atlantique.
Lancé en 2017 par Grand Pavois Organisation, le Rallye des Îles du Soleil propose une transatlantique en flottille, structurée autour de quelques jalons clés : rassemblement à Marina Jandia (Fuerteventura) le 25 octobre, départ le 31, escale à Mindelo entre le 5 et le 7 novembre, puis second départ le 12 vers la Guadeloupe, avec des arrivées attendues à partir du 24 novembre dans la baie de Saint-Louis à Marie-Galante. Plus qu’une course, le rallye est pensé comme une traversée accompagnée, où la sécurité, le suivi météo, la pédagogie et le partage d’expérience priment sur le classement. Une philosophie que l’on retrouve pleinement dans les récits de ce 24 novembre.
Alizé plus soutenu pour certains, molle persistante pour d’autres
Sur Diaoul, la nuit se déroule sous un ciel étoilé, mer peu agitée et une douzaine de nœuds de vent d’est. Génois en ciseaux, route au 280°, le bateau file à 4,5 nœuds, avec encore 654 milles à couvrir avant Marie-Galante. La veille, l’équipage a profité d’un spi en ciseaux dans 10 à 15 nœuds au 110°, passant juste sous une zone de calme. En soirée, le renforcement du vent à 17 nœuds a conduit à ranger le spi au profit du génois pour assurer une nuit sereine.
À l’autre extrémité du spectre, N’Team bénéficie maintenant de 16 à 20 nœuds de vent au 90° réel, cap au 305° et moyenne supérieure à 7 nœuds. Les heures précédentes ont même permis des surfs à plus de 10 nœuds dans un bon 20 nœuds établi. Le bord de nuit est studieux : veille sérieuse après le croisement d’un cargo à moins d’un mille, manœuvres envisagées, discussion radio avec le navire pour clarifier les intentions de route. Le tout dans l’idée de conserver le rythme et de viser toujours une arrivée dans la journée du 27 novembre.
Littorina, de son côté, profite d’un ESE à 15 nœuds et d’une mer plus formée pour glisser à 7 nœuds sous grand-voile à deux ris et code D… mais sur un cap qui pointe encore franchement vers Trinidad-et-Tobago. L’équipage attend la bonne fenêtre pour empanner et recaler la route vers la Guadeloupe, tout en savourant une navigation confortable et reposante après les jours de vent irrégulier.
Plusieurs équipages restent en revanche englués dans des vents trop timides pour maintenir une bonne moyenne. Sur L’Eden, la journée de la veille a été marquée par de longues heures de pétole : moteur pour avancer un peu, recharger les batteries et faire de l’eau, avant de renvoyer le spi au coucher du soleil, sans grand succès. La nuit se déroule au ralenti, spi symétrique puis ciseaux dans 8 à 10 nœuds à peine. À bord, le moral a connu un creux avant d’être regonflé par la visite d’un banc de petits dauphins au coucher du soleil, puis par une séance cinéma en plein air avec un classique d’Astérix.
Même combat sur Oïkia, où le vent inférieur à 10 nœuds, combiné à 34°C dans le bateau, rend la journée éprouvante. Le moteur tourne longtemps, la chaleur s’installe, et l’équipage organise alors une « splash party » sur le pont : seaux d’eau de mer sur la tête pour quelques minutes de fraîcheur salvatrice. La nuit sera meilleure, avec le retour d’un souffle permettant de tangonner le génois et de renvoyer une grand-voile à un ris.
M Liberta résume avec humour la situation à bord : le bruit du moteur comme bande-son de la traversée, l’aile de portant envoyée dès que quelques nœuds de vent le permettent, puis rangée pour éviter le ragage en pétole. L’objectif est clair : gérer les 65 % de gazole restants pour garantir l’arrivée à Marie-Galante, sans sacrifier totalement le plaisir de la glisse à la voile.
La journée impose aussi son lot de petits contretemps techniques. Oïkia repère sur le pont un morceau de plastique blanc, heureusement vite identifié comme une poulie de ris cassée. Le système est neutralisé, le ris reconfiguré, et le bateau poursuit sa route. Samaria voit son gennaker tomber à l’eau en pleine manœuvre d’empannage, suite à l’ouverture inattendue d’une manille de drisse ; la voile est récupérée, séchée, et l’équipage poursuit sous foc tangonné et grand-voile, en prenant les aléas du large pour ce qu’ils sont : une part du jeu.
Sur Rebelote, les grains semblent se tenir à distance : nuit paisible, vent au 110° d’une douzaine de nœuds, houle d’un mètre. L’équipage envisage de renvoyer le spi dans la journée, tout en gardant un œil sur la zone de calme annoncée au nord, « qui guette avec son filet. » Jackno, lui, a passé une nuit très arrosée : plusieurs grains successifs, radar en défaut, pont rincé, voiles lavées et panneaux solaires impeccables au petit matin… mais pétole et mer hachée pour le petit déjeuner. Un appui moteur vient stabiliser la route et le confort, en attendant que le vent se réinstalle.
Comme souvent sur ce rallye, la cuisine et la convivialité jouent un rôle central dans le moral des troupes. Ozami consacre sa journée à une partie de pêche mémorable : après plusieurs fausses alertes de sargasses, un thazard de 1,30 m et près de 20 kg finit dans les bras de l’équipage, puis au frais, promesse de festins à venir. À bord de Littorina, le même poisson inspire une série de recettes créatives qui occupent agréablement les derniers jours de mer.
Sur Liberty B&B, la stratégie est claire : viser une moyenne de 5,5 nœuds pour arriver le 27 au matin, de jour, en évitant les casiers de pêche. La journée de la veille a été l’occasion d’une baignade dans une eau à 28,8°C, plongée dans un bleu uniforme au-dessus de 5 000 mètres de fond, avant de se projeter déjà vers le ti-punch de l’arrivée.
Au fil de cette journée, la flotte se rapproche inexorablement de Marie-Galante, portée tantôt par un alizé retrouvé, tantôt par des moteurs au régime discret. Entre patience, petits aléas techniques, bains improvisés et repas soignés, chaque équipage écrit les dernières pages de sa transat, avec un même horizon en tête : la baie de Saint-Louis et les retrouvailles à terre.