26 Novembre 2025
À 00h16 (TU-4), dans la nuit noire ponctuée de quelques lueurs de terre et de feux de navigation, les deux premiers bateaux du Rallye des Îles du Soleil ont franchi la ligne d’arrivée. Jackno (Sun Odyssey 43 DS) et Piment Rouge (Catana OC50) ont choisi de boucler ensemble leur transat depuis Mindelo, après 13 jours, 16 heures et 16 minutes de mer, en navigation de concert sur les derniers milles et un passage de ligne volontairement simultané. Un scénario à l’image de ce rallye : plus une histoire commune qu’un duel de chronos.
Depuis 2017, le Rallye des Îles du Soleil, organisé par Grand Pavois Organisation, propose une transat conviviale entre Marina Jandia (Fuerteventura) et la Guadeloupe, via Mindelo au Cap-Vert. Rassemblement fin octobre aux Canaries, départ le 31, escale début novembre, second départ le 12, puis arrivée dans la baie de Saint-Louis à Marie-Galante entre le 24 et le 29 novembre : le cadre est balisé, mais l’esprit reste celui d’une traversée partagée où la sécurité, l’entraide et la pédagogie priment sur la compétition. Cette nuit de premières arrivées vient donner corps à ce scénario, tandis que le reste de la flotte glisse encore vers les Antilles.
Jackno et Piment Rouge, une arrivée main dans la main
Depuis plusieurs jours, les messages de bord laissaient deviner le rapprochement entre Piment Rouge et Jackno. Le catamaran rouge racontait sa lente remontée sur le monocoque, les 50 milles de retard patiemment comblés, les nuits à enchaîner les réglages dans un alizé capricieux, puis ce bord final au coude-à-coude. Terminer ensemble, de nuit, après plus de dix jours d’étape, relevait autant du symbole que de la performance.
L’audace de cette arrivée nocturne n’a pas échappé aux autres équipages. N’Team salue d’emblée la manœuvre, rappelant qu’atterrir de nuit, dans une zone dense en casiers, demande une solide expérience et une vigilance de chaque instant. Pour tous, cette première nuit d’arrivées marque le basculement de la transat : des nouvelles quotidiennes échangées par e-mail, on passe aux retrouvailles à terre, entre mouillage, amarres et premiers ti-punchs partagés.
Derrière les deux leaders, l’Atlantique n’a rien d’un long fleuve tranquille. Sur Diaoul, le vent est passé au régime supérieur : 17 à 21 nœuds établis, rafales à 24 nœuds sur un 080-072°, mer peu agitée mais bien formée, et une vitesse régulière entre 5 et 7 nœuds au 295°. La nuit a été ponctuée de grains, sous un ciel étoilé, et même d’un poisson volant venu frapper en traître l’arrière de la tête d’Anne-Laure.
Rebelote décrit une configuration proche : 15 à 20 nœuds de vent au 85°, houle d’1 à 1,50 m, grand-voile à un ris, génois réduit, grains et pluie. « Ça galope entre 6 et 8 nœuds, le couteau entre les dents », résume l’équipage, conscient que les arrivées vont désormais s’enchaîner. Plus à l’ouest, Diva avance enfin en route directe entre 6 et 8 nœuds, génois tangonné et trinquette en ciseaux. La nuit a été agitée par un grain à 28-30 nœuds, maîtrisé en réduisant rapidement la toile.
Pour Jamcat, les « alizés puissants » sont enfin présents : 20 nœuds établis, 25 dans les risées, et une allure de croisière à 7-8 nœuds durant toute la nuit. L’équipage, partagé entre la satisfaction de cette belle glisse et la mélancolie de la fin de traversée, voit se profiler le basculement vers un autre voyage, celui des îles antillaises et des retrouvailles à terre.
À bord de Littorina, la journée de la veille est rebaptisée « anomalie météo ». Rien, ou presque, ne correspondait aux fichiers : timing de la bascule, direction du vent, force annoncée… L’ENE espéré s’est transformé en palette oscillant de l’ENE à l’ESE, et le renforcement promis à 16 nœuds s’est traduit par des séquences à 12 nœuds, parfois moins. Résultat : configurations de voiles en chaîne, angles de vent sans cesse ajustés et capitaine perplexe devant des fichiers météo imperturbables, consultés heure après heure via Starlink.
Cette nuit, changement d’ambiance : gros grains, rafales à 32 nœuds, puis décision de ralentir volontairement. Grand-voile à deux ris, foc, vitesse maîtrisée pour viser une arrivée de jour à Marie-Galante le lendemain matin, quitte à « freiner » un bateau qui se régale dans ces conditions. Même logique de gestion fine de l’ETA pour Liberty B&B, qui confirme une arrivée visée dans la matinée du 27 : la nuit a été marquée par plusieurs grains violents, dont un à 28 nœuds réels sous parasailor, avec une pointe à 13,5 nœuds. L’équipage a choisi de jouer la prudence en terminant la nuit sous génois seul, afin de préserver le matériel à une journée de l’arrivée.
M Liberta raconte, lui, un réveil musclé : 23 nœuds réels, puis plus de 30, SOG aperçue à 14 nœuds sous code D, avant une manœuvre rapide et maîtrisée pour déventer l’aile rose, l’enrouler et poursuivre au foc seul à 8 nœuds. De quoi s’interroger sur la manière de freiner un bateau trop pressé d’arriver, plus que sur sa capacité à accélérer.
Alors que les milles restants diminuent, la fatigue s’invite à bord. Sur Oïkia, le retour du vent redonne le sourire, mais les tensions s’allument plus vite qu’en début de traversée ; une salade de lentilles et un gâteau au chocolat suffisent heureusement à remettre tout le monde d’accord. Les filles préparent déjà leur calendrier de l’Avent et complètent le livre de voyage, où Santo Antão garde pour l’instant le statut d’escale préférée.
Sea Garden, de son côté, raconte un gros grain matinal à 35 nœuds qui a lessivé le pont et testé la solidité de l’oxley, avant de revenir à un vent plus maniable. Entre recettes bricolées (charlotte revisitée, filet mignon sauce moutarde), jeux de société et devinettes « spécial carambar » l’équipage savoure ces dernières heures de mer, tout en scrutant les signes annonciateurs de l’arc antillais : frégate au plumage noir, houle qui change, lumière différente.
Sur L’Eden, le retour du vent constant à 17-18 nœuds après des jours de pétole fait oublier les sargasses, tandis que la victoire de l’OM en Ligue des champions et les éclats de rire provoqués par la fameuse « recette du thazard au rhum » de Sea Garden entretiennent le moral. Samaria continue sa route sous grand-voile et foc tangonné, secoué par une houle résiduelle mais porté par la perspective d’une arrivée désormais toute proche. Moira, enfin, résume le sentiment partagé par beaucoup : « Chouette, du vent ! On profite des derniers moments en mer. »
Ce 26 novembre, le Rallye des Îles du Soleil vit donc à la fois ses premières amarres à Marie-Galante et les derniers grands bords au large pour la flottille étirée en arrière. Entre grains, surfs, manœuvres nocturnes et cuisines inventives, la transat touche à sa fin, mais l’histoire commune, elle, se prolongera bientôt à terre, dans la baie de Saint-Louis.