27 Novembre 2025
Ce jeudi 27 novembre restera comme l’une des journées les plus animées de cette édition 2025 : les arrivées se sont succédé à un rythme soutenu dans la magnifique baie guadeloupéenne, tandis que neuf bateaux poursuivent encore leur route dans un alizé enfin établi. Après la double arrivée spectaculaire de Jackno et Piment Rouge dans la nuit du 26, la flotte vit ses instants charnières : ceux où chaque équipage touche terre avec un mélange d’euphorie, d’émotion et de nostalgie de la mer.
Depuis ses débuts en 2017, le Rallye des Îles du Soleil perpétue la tradition des grandes traversées conviviales entre Canaries, Cap-Vert et Antilles. Une aventure qui combine navigation hauturière, sécurité encadrée, pédagogie et esprit de flottille. Avec un rassemblement fin octobre à Marina Jandia, un départ le 31, une escale à Mindelo début novembre puis une arrivée à Marie-Galante étalée du 24 au 29 novembre, l’événement se distingue par sa diversité d’équipages : familles, solitaires assistés, duos aguerris, équipiers amateurs ou marins expérimentés. Aujourd’hui, cette mosaïque converge dans la même baie, avec des récits aussi singuliers que leurs bateaux.
Une matinée d’arrivées : 8 bateaux à terre en quelques heures
Dans la nuit et au lever du jour, les positions se sont enchaînées sur la ligne d’arrivée :
Une véritable « vague d’arrivée », nourrie par le retour d’un vent plus franc dans les 24 dernières heures. Plusieurs bateaux ont toutefois dû jouer les métronomes pour caler leur ETA au lever du soleil, certains réduisant volontairement la toile, d’autres attendant la bonne fenêtre pour un atterrissage en toute sécurité dans une baie connue pour ses casiers et ses lignes de pêche.
Sur les neuf bateaux encore au large, les récits du jour témoignent d’un vent revenu avec vigueur, parfois avec excès.
Diaoul essuie une nuit mouvementée : 17 à 23 nœuds, rafales à 27, grains successifs, mer creusée, grand-voile à un ris seule pour passer les rafales. Le bateau alterne entre 4 et 7 nœuds de moyenne sur un long bord au 280-295°, encore 223 milles avant la Guadeloupe.
Même ambiance pour Rebelote, bousculé par un alizé très orienté 95°, avec 15 à 20 nœuds établis et une houle d’1 à 1,50 m. Voilure réduite, grand-voile un ris et génois enroulé, mais le rythme reste solide : 6 à 8 nœuds en route directe. L’humour reste intact : rupture de citrons verts à bord, un drame à l’approche de la distillerie locale.
À bord d’Oïkia, la nuit fut particulièrement sportive : plusieurs grains furieux, dont un premier à… 40 nœuds ! Pia, l’une des petites mousses, a même reçu une vague à travers son hublot resté ouvert ; réveil brutal mais moral intact. Malgré deux ris dans la grand-voile et dans le génois, le bateau avance fort et l’arrivée semble désormais possible demain matin.
Jamcat, lui, signe l’un des plus beaux bilans : 2145 milles parcourus depuis Mindelo, dont 1972 en route directe, soit 143 milles par jour en moyenne, tout à la voile. La nuit (peut-être la dernière en mer) a été rapide et ventée, avec des glissades au-delà de 10 nœuds. L’équipage livre un superbe message hommage, empreint de poésie et de gratitude, qui respire l’achèvement d’un grand voyage.
Samaria, secoué par une houle résiduelle et plusieurs orages, garde la tête froide et le moral à coup de pissaladière maison. Le vent, toujours instable, oscille entre 10 et 20 nœuds selon les grains. ETA estimée : vendredi en fin de journée.
L’Eden profite d’une nuit au portant sous 16–20 nœuds, ponctuée de grains lavant le pont et d’un cap retrouvé vers la ligne d’arrivée. À bord, la conscience du « dernier dîner » ou du « dernier quart » crée cette atmosphère si particulière de fin de transat. Une petite daurade pêchée la veille a scellé l’un des ultimes repas océaniques du bord.
Sur Sea Garden, la journée a été sportive : un grain matinal puissant, spi affalé dans l’urgence, rafales à 35 nœuds, lessivage général. L’équipage retrouve ensuite un vent de 18-20 nœuds et un rythme soutenu, tout en conservant son humour légendaire, ponctué ce matin encore de devinettes marines.
Enfin, Ozami vit un J-1 serein : grand soleil, mer qui moutonne, trois ris pris en prévision d’une nuit active… et un équipage déjà tourné vers la dernière soirée en mer avant Marie-Galante.
Pour ceux encore en route, la perspective de l’atterrissage crée un mélange très particulier d’impatience et de nostalgie : la joie de voir apparaître les reliefs de l’île au petit matin se mêle à la conscience que la magie du large touche à sa fin. Oïkia parle de « saudade », l’Eden parle des « avant-derniers quarts », Jamcat cite Voulzy, Samaria imagine les cocktails déjà servis aux premiers arrivés.
À l’inverse, dans la baie, les équipages qui ont touché terre découvrent leurs proches, la houle très différente du mouillage, les premiers pas un peu hésitants après plusieurs milliers de milles, et la première respiration d’air des Antilles après la traversée.
La journée du 28 s’annonce riche en nouvelles arrivées, et la grande famille du Rallye des Îles du Soleil continue de se rassembler, quelques heures après quelques heures, sous le vent doux de Marie-Galante.