15 Novembre 2025
Ce matin, sur la route de Marie-Galante, la flotte du Rallye des Îles du Soleil profite enfin d’un véritable régime d’alizé. Le vent d’Est à Est-Nord-Est, établi autour de 15 à 20 nœuds, reste encore instable en force et en direction, mais il suffit désormais à porter durablement les voiliers vers l’ouest. Les bateaux filent le plus souvent tribord amures, parfois sous voiles en ciseaux, avec une houle annoncée de 2 à 2,5 mètres et quelques grains potentiels en embuscade pour les prochaines quarante-huit heures.
Lancé en 2017 par Grand Pavois Organisation, le Rallye des Îles du Soleil relie les Canaries à la Guadeloupe via Mindelo au Cap-Vert, en proposant un cadre sécurisé pour une transatlantique en flottille. L’événement s’adresse autant aux familles qu’aux équipages aguerris, avec un accompagnement météo, un suivi cartographique et une organisation tournée vers le partage d’expérience. D’escale en escale, des Canaries à Marie-Galante, le rallye perpétue l’esprit de la plaisance hauturière : entraide, prudence, découverte et plaisir de la longue route, loin de la pression des courses au large.
Un alizé désormais bien en place, sous surveillance de grains
Sur le plan météo, le ton est donné : l’alizé est là pour plusieurs jours. Le flux d’Est à ENE souffle à 15–20 nœuds, parfois plus dans les rafales associées aux grains. La recommandation est claire : rester le plus souvent tribord amures, et, si le vent bascule Est ou ESE, ne pas hésiter à empanner quelques heures bâbord amures pour conserver des angles de vent et de mer confortables.
Dans ce contexte, les configurations « classiques » de transat réapparaissent. Maeliz a passé la nuit sous spi tangonné et grand-voile, avant de réduire la toile au petit matin, revenant à grand-voile et génois tangonné après quelques rafales à 20 nœuds. Diva adopte une stratégie voisine : longue journée de spi hier, nuit sous génois tangonné et grand-voile en ciseaux, puis réduction prudente au lever du jour pour ménager le pilote automatique dans une mer devenue plus formée.
Rebelote, de son côté, a vu se présenter une ligne de grains au lever du jour, l’obligeant à réduire brièvement la voilure. Mais très vite, la configuration « génak + génois tangonné en ciseaux » reprend le dessus, assurant 5 à 6 nœuds sur la route directe. La nébulosité est forte (jusqu’à 90 %), mais le vent reste régulier, signe d’un alizé désormais bien structuré.
Avec ce vent plus stable, la vie à bord se cale sur un rythme de croisière hauturière. Liberty B&B savoure un moment attendu : le parasailor est enfin hissé, avec l’espoir (assumé) de ne le rouler qu’à l’approche de la Guadeloupe. À défaut de poisson pour la journée d’hier, l’équipage profite de la « vie au ralenti » : lectures, petits exercices physiques, siestes, repas et longues discussions, portés par un bateau bien installé dans ses allures portantes.
Littorina profite également de la montée en puissance de l’alizé. Au rapport du matin : 16 nœuds de NE, mer belle, grand-voile et Code D pour une vitesse voisine de 8 nœuds sur un cap 298°. La pêche est à l’avenant, avec thon au menu la veille et dorade coryphène aujourd’hui. Les lignes seront remises à l’eau sans tarder pour préparer les menus suivants.
Sur Ozami, la journée se déroule plus au nord de la flotte principale, choix assumé pour éviter une zone de grains et d’orages annoncée plus au sud. Grand-voile, Code D puis génois tangonné, vent modéré de 10 à 12 nœuds, ciel dégagé : l’équipage enchaîne atelier cuisine, parties de tarot, belote et jeux de société. Deux dorades ont déjà rejoint la table, en ceviche quelques heures seulement après avoir quitté la mer, tandis qu’un large banc de dauphins tachetés a offert un « show » d’une demi-heure à l’étrave.
La faune océanique reste omniprésente. Sea Garden signale plusieurs souffles de grands cétacés, sans identification possible, puis un vaste groupe de dauphins semblant chasser autour du bateau. Diaoul évoque un sillage phosphorescent spectaculaire, observé après une longue séquence de navigation sous spi en ciseaux, avant un empannage de nuit pour passer tribord amures dans 14 à 18 nœuds de vent.
Certaines anecdotes ajoutent une pointe de sel au récit de la traversée. À bord de Rebelote, un thon de 5 à 6 kg arrive à bord… sans sa queue, visiblement entamée par un prédateur plus gros. De quoi décider le bord à limiter les bains de pieds dans le sillage pour quelques jours. Sur L’Eden, la nuit a été particulièrement animée : tentative de pêche nocturne qui ramène un poisson peu engageant et aussitôt relâché, attache de tangon rompue à 2h30 réparée dans la foulée, alarme antivol déclenchée par inadvertance à 5h, puis affalage de spi à 5h45 pour gérer un coup de vent bref mais musclé. Une succession de petits incidents qui résume bien la densité d’une nuit de quart en Atlantique.
Au-delà des voiles et des grains, chacun affine désormais sa stratégie pour la suite de la traversée. Jamcat suit avec attention les différents modèles météo et leurs convergences, tout en gardant en tête les inconnues à l’approche des Antilles : risque de calme plat, présence de sargasses, et évolution des champs de vent. N’Team regrette son code D, momentanément indisponible, et espère pouvoir ressortir cette « voile magique » pour regagner le nœud perdu en vitesse moyenne. En attendant, voiles en ciseaux, génois tangonné et parties de tarot rythment les soirées, ponctuées cette fois par un test match suivi avec attention par l’équipage.
Sur Oïkia, la dimension familiale reste très présente : école à bord, croques-madame au menu, bananes trop mûres recyclées au four, oranges jugées trop acides, et podcasts pédagogiques pour les enfants sur les sujets les plus variés, des moustiques à l’espace. Pendant ce temps, Moira se concentre autant sur la couture de coussins que sur l’écoute des prévisions de vent, symbole d’une traversée où se mêlent technique, observation et petits gestes de confort à bord.
Avec un alizé désormais bien installé, quelques grains à gérer et une houle en hausse progressive, la flotte du Rallye des Îles du Soleil 2025 est pleinement entrée dans sa phase océanique. Les milles défilent, les bateaux s’étirent sur la carte, mais tous partagent le même horizon : la promesse de la baie de Saint-Louis, à Marie-Galante, au terme de cette longue glissade vers l’ouest.