2 Novembre 2025
Après un départ tout en douceur, la flotte du Rallye des Îles du Soleil 2025 a trouvé son allure. En ce deuxième jour de mer, les voiliers progressent désormais dans un flux de Nord-Est établi entre 15 et 20 nœuds, qui devrait mollir à 10-14 nœuds au cours de la journée de lundi. Si les conditions restent favorables, le vent demeure instable, oscillant longuement entre le NNE et l’ENE, exigeant des ajustements constants de la part des équipages.
La stratégie du moment : rester sur le bord rapprochant, celui qui les mène le plus efficacement vers Mindelo, au Cap-Vert, avec sans doute deux ou trois empannages à négocier dans les prochaines quarante-huit heures.
Lancé en 2017, le Rallye des Îles du Soleil est devenu un rendez-vous incontournable pour les passionnés de grande croisière et d’océan. Organisé par Grand Pavois Organisation, il relie chaque année les Canaries à Marie-Galante, via Mindelo au Cap-Vert, offrant à des équipages venus du monde entier une traversée à la fois sécurisée et conviviale.
Soutenu par un collectif de partenaires -la Région Guadeloupe, la Communauté de Communes de Marie-Galante, les Marinas Calero, la Charente-Maritime, ainsi que des chantiers emblématiques tels qu’Amel, Dufour, Fountaine Pajot ou Bali Catamarans- le rallye conjugue esprit d’aventure et partage maritime.
Plus qu’une compétition, c’est une aventure collective, où chaque équipage trace sa route au rythme des vents, des quarts et des rencontres, pour rallier la Caraïbe fin novembre, après près de 3 000 milles nautiques de navigation.
Ce dimanche, la flotte s’étire doucement vers le sud-ouest, cap au 220° pour la plupart des bateaux, tandis que la houle du large s’installe progressivement. Le ciel reste dégagé et les conditions de mer maniables, mais le vent demande une attention constante.
À bord de Samaria, Michel et son équipage ont dû gérer un spi parti en vrille autour de l’enrouleur ; un incident vite maîtrisé, “sans dégât, mais laborieux”, raconte-t-il. “On sera plus vigilants la prochaine fois !”. L’équipage a même eu droit à un moment d’émerveillement : le passage de deux IMOCA sur foils, à pleine vitesse. “Ils sont passés à 25 nœuds ! On a d’abord cru à une hallucination !”.
Sur Littorina, la nuit a été studieuse. Sous grand-voile haute et foc, l’équipage a suivi les oscillations du vent, avant de constater la déchirure de leur code D sous 12 nœuds de vent. Le moral reste bon : “on investigue à la lumière du jour et on ne se démoralise pas !”.
Du côté de Maeliz, un incident technique insolite est venu pimenter la traversée : une ligne dérivante coincée dans l’hélice de l’hydrogénérateur, accompagnée d’un cubi vide en guise de trophée. L’incident a été rapidement résolu, et le bateau a repris sa route, GV et spi en place.
L’un des temps forts du jour est sans doute la rencontre avec la flotte de la Transat Jacques Vabre, dont les IMOCA lancés à pleine vitesse croisent régulièrement les voiliers du rallye. Plusieurs équipages, parmi eux Jackno, Jamcat, Oïkia, Ozami et Diva, ont aperçu des pointures de la course au large -Charal, 11th Hour Racing, La Mie Câline ou encore Initiatives Cœur- filant à plus de 20 nœuds. “Ils nous ont rasé les moustaches à 5 heures du matin”, raconte amusé l’équipage de Jamcat, qui profitait tout juste de sa double prise de dorades coryphènes pour le dîner.
Sur Oïkia, la famille Demonchy savoure une belle journée : “vent qui rentre un peu plus, mer roulante… il sera difficile de faire l’école ce matin !”. Entre cookies maison, cours de danse et yams à bord, la bonne humeur domine. Les filles ont manqué de peu les IMOCA de Violette Dorange et Samantha Davies, mais leur envoient “des bises salées pour une belle victoire”.
Même ambiance à bord de L’Eden, où le spi réparé fait à nouveau merveille. “Un pansement et ça repart”, plaisante le capitaine. Hier soir, un banc de dauphins est venu saluer l’équipage au crépuscule, tandis que la soirée s’est terminée sur une “mojito party” improvisée.
La journée du 2 novembre a aussi apporté son lot de réparations. Sur N’Team, Bernard a passé la matinée à résoudre une panne solaire : des fusibles grillés entre les régulateurs et les batteries. “Un peu de jugeotte et des fusibles 30A plus tard, tout fonctionne !”. Il garde un œil sur Maeliz, qu’il soupçonne d’utiliser un spi asymétrique ; “avantage indéniable quand on ne peut plus tenir le code D au-delà de 140° !”.
Sur Sea Garden, l’équipage affiche une belle vitesse de 7,2 nœuds au cap 240°, croisant même des IMOCA “qui ont essayé de nous suivre”, plaisantent-ils.
Liberty B&B, de son côté, célèbre son retour dans la course : le parasailor enfin hissé, l’équipage rêve déjà de sushis maison après les premières pêches du bord. Quant à M Liberta, elle navigue toujours “bord à bord avec Yuna et Littorina”, tout sourire.
Enfin, sur Diaoul, les conditions sont idéales : “soleil, 27°C et gâteau à la banane”, même si la drisse de spi a souffert. L’équipage garde le moral : “il nous reste 664 milles pour Mindelo !”.
À la fin de ce deuxième jour, la flotte reste compacte, en route vers les alizés plus soutenus qui devraient s’établir d’ici mardi. Les positions demeurent serrées, la camaraderie intacte, et l’esprit du rallye plus vivant que jamais : celui d’une traversée partagée, entre marins passionnés, mer calme, petits défis et grands sourires.
Le large a déjà pris ses droits, et avec lui ce sentiment unique de liberté : celui du Rallye des Îles du Soleil, entre aventure humaine et horizon sans fin.