29 Janvier 2026
Le transport maritime mondial franchit une nouvelle étape dans sa transition énergétique. À Shanghai, un accord stratégique majeur a été signé entre HAROPA PORT, Zhejiang Provincial Seaport Group, Bureau Veritas Marine & Offshore, le China Waterborne Transport Research Institute, Mediterranean Shipping Company (MSC) et Terminal Investment Limited (TiL).
Objectif : créer le premier corridor maritime vert entre la France et la Chine, une route commerciale stratégique appelée à devenir un modèle international de décarbonation du transport maritime.
Cette initiative s’inscrit pleinement dans les engagements climatiques internationaux, notamment la stratégie 2023 de l’Organisation maritime internationale visant la neutralité carbone du secteur à l’horizon 2050, l’Accord de Paris (COP21), la Déclaration de Clydebank et les objectifs de développement durable des Nations unies.
HAROPA PORT, un acteur historique au cœur des échanges Asie-Europe
Né en 2012 du regroupement des ports du Havre, de Rouen et de Paris, HAROPA PORT s’est imposé en une décennie comme le premier port français pour le commerce international et l’un des grands hubs logistiques européens. Sa position stratégique sur l’axe Seine en fait une porte d’entrée majeure pour les flux maritimes entre l’Asie et l’Europe, combinant transport maritime, fluvial et ferroviaire.
La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de HAROPA PORT, représentant près de 30 % de son trafic conteneurisé. À elle seule, la relation avec le port de Ningbo-Zhoushan (premier port mondial en tonnage total et troisième en trafic conteneurisé) concentre 22 % de ces échanges. Ce poids historique explique l’ambition portée par ce corridor vert : transformer une route commerciale existante et massive en laboratoire grandeur nature de la transition énergétique maritime.
L’accord signé ne se limite pas à une déclaration d’intention. Il définit un cadre opérationnel précis, mobilisant l’ensemble de la chaîne de valeur portuaire et maritime autour de solutions déjà identifiées et, pour certaines, en cours de déploiement.
Parmi les leviers majeurs figurent le déploiement de connexions électriques à quai, permettant aux navires d’éteindre leurs moteurs lors des escales, ainsi que l’électrification progressive des terminaux et équipements portuaires, en privilégiant des sources d’énergie renouvelables ou bas carbone.
Le développement de chaînes d’approvisionnement en carburants alternatifs constitue un autre pilier central du projet. GNL, bio-GNL, ammoniac vert ou hydrogène vert sont étudiés comme solutions complémentaires, adaptées aux différentes typologies de navires opérant sur cet axe stratégique.
L’ambition du corridor va au-delà du seul périmètre portuaire. Il intègre également la décarbonation des connexions à l’hinterland, en favorisant le report modal vers le transport fluvial et ferroviaire, particulièrement développé sur l’axe Seine. Cette approche systémique permet de réduire significativement l’empreinte carbone globale de la chaîne logistique, depuis le port jusqu’aux centres de consommation européens.
Des projets pilotes de captage, utilisation et stockage du carbone (CCUS) à bord des navires sont également à l’étude. Ces technologies émergentes pourraient, à terme, compléter les solutions énergétiques existantes et accélérer la réduction des émissions résiduelles.
Pour Benoît Rochet, directeur général de HAROPA PORT, ce corridor incarne une responsabilité stratégique : faire de l’axe Seine un hub de référence pour l’exploitation de navires zéro émission, capable d’attirer armateurs et opérateurs engagés dans la transition énergétique.
Côté chinois, Tao Chengbo, président de Zhejiang Provincial Seaport Group, souligne la volonté du port de Ningbo-Zhoushan de renforcer sa transformation verte en coopération étroite avec ses partenaires internationaux, afin de promouvoir un développement durable du transport maritime à grande échelle.
En tant que partenaire technique principal, Bureau Veritas joue un rôle clé dans la certification, l’évaluation des performances environnementales et le déploiement de solutions innovantes. Pour Matthieu de Tugny, vice-président exécutif du groupe, ce corridor est appelé à devenir un modèle reproductible de coopération internationale, aligné sur les objectifs climatiques mondiaux et renforçant durablement les liens maritimes entre l’Europe et l’Asie.
Avec ce premier corridor maritime vert franco-chinois, les signataires démontrent que la décarbonation du transport maritime ne relève plus du concept, mais d’une dynamique opérationnelle concrète. En combinant innovation technologique, coopération internationale et volumes commerciaux significatifs, ce projet pose les bases d’un nouveau standard pour les grandes routes maritimes mondiales.