11 Février 2026
Haropa Port a acté définitivement l’acquisition de son nouveau navire polyvalent destiné au port de Rouen. Livré en janvier 2025 et intégré depuis à la flotte des engins nautiques, le bâtiment Qui qu’en Grogne fait désormais pleinement partie des moyens opérationnels du Pôle Exploitation Dragage. L’option d’achat a été levée en novembre dernier, confirmant un investissement de plus de 11 millions d’euros pour cette unité neuve conçue pour répondre aux besoins spécifiques de l’entretien du chenal de la Seine.
Né de la fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris, Haropa Port constitue aujourd’hui le premier ensemble portuaire français et l’un des principaux hubs logistiques d’Europe du Nord-Ouest. Situé sur l’axe stratégique de la Seine, il relie la façade maritime à l’hinterland parisien et aux grands bassins industriels européens. Le port de Rouen, maillon essentiel de cet ensemble, joue un rôle clé dans le trafic céréalier, énergétique et industriel. Le maintien des profondeurs et de la navigabilité du fleuve représente donc un enjeu économique majeur pour la compétitivité de l’axe Seine.
« C’est un véritable couteau suisse portuaire. » souligne Philippe Aujoulet, chef du Pôle Exploitation Dragages. Depuis son entrée en service, le Qui qu’en Grogne remplace la bigue Brotonne, arrivée en fin de vie opérationnelle. Construit par Neptune Marine aux Pays-Bas, à Hardinxveld-Giessendam, le navire mesure 27 mètres de long pour 13 mètres de large.
Sa conception polyvalente lui permet d’assurer trois missions principales : le nivelage des fonds, les opérations de levage et le support aux travaux nautiques et portuaires. L’un de ses atouts majeurs réside dans sa capacité à passer d’une fonction à l’autre sans reconfiguration technique ni passage en atelier. Ce gain de flexibilité représente un avantage significatif par rapport à l’ancienne bigue.
Le maintien du chenal de la Seine est une opération continue. Long de 120 kilomètres, de Honfleur à Rouen, il est soumis aux dépôts sédimentaires liés aux marées et aux courants fluviaux. Deux dragues aspiratrices en marche, la Jean Ango et la Daniel Laval, assurent l’essentiel du dragage en aspirant les sédiments grâce à de puissantes pompes.
Le Qui qu’en Grogne intervient en complément. Il peut procéder à un nivelage mécanique grâce à une barre de 12 mètres descendue à l’arrière du navire à l’aide d’un treuil, afin d’aplanir les sillons laissés par les dragues. Il dispose également d’un système d’injection d’eau, particulièrement adapté aux zones de sédiments fins. Les deux méthodes peuvent être combinées pour une précision accrue. Des équipements de sondage embarqués permettent ensuite de vérifier l’efficacité des opérations.
Le navire est doté de deux grues : l’une à l’avant pouvant lever jusqu’à 25 tonnes à 8,7 mètres de portée (et 9,1 tonnes à 20 mètres), l’autre à l’arrière offrant une capacité de 16,6 tonnes à 6,9 mètres (et 6,9 tonnes à 15 mètres). Il dispose également d’un treuil avant de 100 tonnes, permettant de remonter des ouvrages portuaires immergés, des blocs de béton ou divers objets tombés dans le fleuve.
Le bâtiment est aussi mobilisé pour la récupération des bois flottés (troncs et arbres dérivants) qui constituent un risque pour la navigation. Il intervient également sur les équipements des postes de refoulement des sédiments issus du dragage.
La motorisation de dernière génération du Qui qu’en Grogne permet une réduction notable des émissions de particules fines et de la consommation de carburant. À terme, le navire utilisera du biocarburant, en cohérence avec les objectifs de transition écologique portés par Haropa Port.
Ces évolutions s’inscrivent dans une stratégie plus large de modernisation des équipements portuaires et de réduction de l’empreinte environnementale des activités liées à l’entretien du fleuve.
Le pont de 170 m² offre une capacité de stockage de 8,5 tonnes par mètre carré. Le navire est qualifié pour naviguer et travailler en mer dans des conditions météorologiques favorables, ce qui lui permet d’intervenir en toute sécurité dans l’estuaire de la Seine, notamment dans la zone dite d’« engainement », secteur stratégique où les navires accèdent au chenal.
Armé par un équipage de sept marins sous le commandement du capitaine principal Anthony Nasset, le bâtiment propose des standards modernes en matière de confort et de sécurité, avec notamment une réduction significative du niveau sonore à bord.
Le navire porte un nom à forte résonance maritime. « Qui qu’en grogne » était le cri de guerre des marins corsaires, signifiant « que vienne m’affronter celui que cela dérange ». Haropa Port prévoit une cérémonie officielle de baptême afin d’ancrer ce nom historique et symbolique dans la tradition portuaire locale.
Avec cette acquisition, le port de Rouen se dote d’un outil polyvalent et moderne destiné à garantir la navigabilité et la sécurité du chenal de la Seine. Un investissement stratégique pour soutenir la compétitivité de l’axe Seine et accompagner la transition écologique des opérations portuaires.