24 Mars 2026
MerConcept et SAS Institute ont annoncé, le 19 mars 2026, un partenariat visant à exploiter le potentiel de la donnée et de l’intelligence artificielle au service de la performance en course au large et, plus largement, de la transition vers un transport maritime plus durable. Cette collaboration marque une nouvelle étape dans l’intégration des outils analytiques avancés dans le nautisme de haut niveau.
de gauche à droite : Cécile Andrieu (Co-directrice MerConcept), Grégoire Ferreri (Directeur Général SAS), Thibault Garin (Co-directeur MerConcept), Walid Farhat (Directeur Commercial) © Qaptur
Fondée en 2006 par le skipper François Gabart, MerConcept s’est progressivement imposée comme un acteur central de la course au large, en accompagnant des projets sportifs de la conception à l’exploitation. L’entreprise, basée à Concarneau, a élargi son périmètre d’action en s’engageant depuis 2020 dans le développement de solutions liées à la mobilité maritime décarbonée. De son côté, SAS Institute, créé en 1976 aux États-Unis, s’est construit comme un leader mondial de l’analytique et de la gestion des données. Présent dans de nombreux secteurs, le groupe développe des plateformes permettant de transformer des volumes importants de données en outils d’aide à la décision, notamment grâce à l’intelligence artificielle et au machine learning.
Au cœur de ce partenariat figure l’intégration de la plateforme SAS Viya et de l’outil SAS Visual Analytics au sein des équipes de MerConcept. Ces solutions permettent d’analyser simultanément un grand nombre de variables influençant la performance des bateaux.
Jusqu’à présent, les analyses reposaient sur un nombre limité de paramètres, souvent traités de manière isolée. Désormais, les équipes peuvent croiser près de 80 données en temps réel, incluant la vitesse, les conditions de vent, la gîte, les réglages de voiles ou encore la géométrie des foils.
Cette capacité à agréger et interpréter des données complexes ouvre la voie à une compréhension plus fine du comportement des bateaux, dans des contextes de navigation variés.
Des premiers résultats sur le trimaran SVR-LAZARTIGUE
Les premières expérimentations ont été menées sur le trimaran SVR-LAZARTIGUE, support emblématique de l’écurie MerConcept. L’analyse des données collectées a permis de structurer les observations en « familles de comportements », grâce à des méthodes de classification.
Concrètement, ces analyses permettent de regrouper les situations de navigation selon des caractéristiques communes, indépendamment des conditions de vent ou des allures. Cette approche facilite l’identification des réglages les plus performants pour chaque configuration.
Pour les équipages, cela se traduit par une aide à la décision plus précise, notamment dans l’optimisation des réglages, la gestion de l’assiette du bateau ou encore l’équilibre entre performance et consommation énergétique.
L’intégration de ces outils marque une évolution dans les méthodes de travail des équipes de course. Historiquement, la performance reposait en grande partie sur l’expérience des skippers et l’interprétation empirique des données.
L’apport de l’analytique avancée permet aujourd’hui de compléter cette approche par des analyses quantitatives plus approfondies. Il devient possible de détecter des corrélations complexes et d’identifier des leviers d’optimisation qui n’étaient pas visibles auparavant.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large de digitalisation du secteur nautique, où la donnée prend une place croissante dans la préparation et la conduite des courses.
Au-delà de cette première phase, MerConcept et SAS ont défini plusieurs axes de développement pour les mois à venir. L’un des objectifs est de renforcer l’utilisation du machine learning afin d’automatiser l’analyse des comportements du bateau et d’améliorer la détection de modèles de performance.
L’amélioration des capacités de prédiction météorologique constitue également un enjeu important. L’intégration de scénarios plus complexes et de paramètres environnementaux supplémentaires pourrait permettre d’affiner les stratégies de course.
Par ailleurs, des travaux sont engagés sur l’optimisation des matériaux et des structures, en lien avec les équipes de recherche et développement de MerConcept. L’objectif est de mieux comprendre les interactions entre conception, contraintes mécaniques et performance en navigation.
Enfin, le partenariat explore des applications liées à la durabilité, notamment en matière d’efficacité énergétique et de réduction de l’empreinte environnementale des bateaux.
L’un des objectifs à court terme de cette collaboration est la préparation des grandes échéances de la course au large, notamment la Route du Rhum. Cette compétition servira de terrain d’expérimentation pour les outils développés.
À plus long terme, les enseignements tirés de ces travaux pourraient être appliqués à d’autres domaines du transport maritime. L’optimisation des routes, l’amélioration du rendement des systèmes véliques ou encore l’intégration des énergies renouvelables embarquées constituent autant de pistes explorées.
Cette approche illustre la volonté de rapprocher performance sportive et enjeux environnementaux, en utilisant la technologie comme levier de transformation.