13 Mai 2026
Alors que les premiers concurrents continuent d’arriver en Martinique, une grande partie de la flotte de la Cap-Martinique 2026 est encore engagée dans une traversée particulièrement physique à l’approche des Antilles. Ces derniers jours, les conditions se sont à nouveau renforcées pour plusieurs équipages, entre alizés soutenus, mer croisée, sargasses et incidents techniques. Malgré la fatigue accumulée après plus de trois semaines en mer, les marins gardent le cap… souvent avec humour.
À bord d’Infinite, Jérôme et Loïc Apolda racontent des journées rythmées par des surfs rapides dans 20 à 27 nœuds de vent. Mais ces belles glissades s’accompagnent aussi d’une vigilance permanente face aux “vracs”, ces embardées soudaines où le bateau part violemment de travers sous l’effet d’une vague ou d’une rafale. « On essaye d’en faire le moins possible même si on en a déjà fait facilement une demi-douzaine », racontent-ils avec recul.
Le duo a également connu une grosse frayeur après le désaxage brutal de son secteur de barre en pleine nuit, provoquant la perte du pilote automatique alors que le bateau avançait à pleine vitesse dans une mer formée. Une réparation effectuée au petit matin leur a finalement permis de repartir normalement. Entre deux manœuvres, les deux navigateurs doivent aussi gérer un autre phénomène bien connu des transats tropicales : les attaques nocturnes de poissons volants. « Chaque matin, il faut nettoyer la terrasse », plaisantent-ils après avoir retrouvé le pont envahi de poissons.
Du côté de OMG Mes Talents, Brice Tailliandier et Charles Sordet dressent un tableau très lucide de ce qu’implique une traversée de l’Atlantique en course. Les deux marins évoquent la fatigue chronique, le manque de sommeil, l’humidité permanente, les douleurs physiques ou encore les peurs liées aux départs au tas, aux cargos ou aux objets flottants. « L’Atlantique ne se traverse pas sans acquitter la taxe de séjour », résument-ils.
Mais leur témoignage rappelle aussi pourquoi tant de navigateurs reviennent vers ce type d’aventure. Les surfs sous spi, les dauphins, les nuits étoilées sans pollution lumineuse, la Croix du Sud ou encore le sentiment de vivre pleinement une expérience hors du temps compensent largement les difficultés rencontrées au large.
Même mélange de lassitude et d’autodérision chez Philippe Benaben (Dessine-moi la High Tech). Le skipper raconte une journée particulièrement éprouvante après des choix météo compliqués et de nouveaux problèmes de pilote automatique. « J’ai vraiment cru que j’allais poser ma démission de moi-même », ironise-t-il après une succession de galères techniques et stratégiques. Malgré tout, la nuit suivante plus calme et un coucher de soleil tropical lui permettent de retrouver un peu d’énergie avant les derniers milles.
Pendant ce temps, les arrivées continuent progressivement à Fort-de-France. Laurent Charmy et Grégoire Renet (SL Energies V1D2 France Renouvelable) sont notamment devenus le cinquième duo à franchir la ligne ce mercredi 13 mai après plus de 23 jours de mer.
À mesure que la flotte se rapproche de la Martinique, cette Cap-Martinique 2026 confirme plus que jamais ce qui fait son identité : une aventure sportive exigeante, mais surtout profondément humaine.