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La Solitaire du Figaro. La Solitaire du Figaro abandonnera le Figaro Beneteau 3 en 2028 : quel avenir pour la Classe Figaro ?

Publié le 20 juillet 2026 , mis à jour le 20 juillet 2026 Par ActuNautique Magazine

Courses et régates - La décision marque une rupture historique dans la course au large française. À partir de 2028, La Solitaire du Figaro ne se disputera plus sur les monocoques Figaro Beneteau 3, mais sur des trimarans Ocean Fifty. Le Groupe Figaro, propriétaire de l’épreuve, et OC Sport Pen Duick, son organisateur, veulent ainsi renforcer l’attractivité, la visibilité et la pérennité économique de l’événement. Pour la Classe Figaro Beneteau, le défi est désormais considérable : préserver le Championnat de France Élite de Course au Large et recréer une grande course en solitaire par étapes capable de remplacer son épreuve phare.

Ocean Fifty en course - ©Vincent Olivaud/Ocean Fifty Series

Ocean Fifty en course - ©Vincent Olivaud/Ocean Fifty Series

La fin d’une époque : le grand basculement de La Solitaire du Figaro

Depuis sa naissance en 1970 sous le nom de « Course de l’Aurore », La Solitaire du Figaro n’est pas qu’une épreuve : c’est une institution, le cœur battant de la course au large française. Depuis 1990, son âme repose sur un dogme simple et impitoyable : la monotypie. Le principe ? Tous les marins sur le même bateau. Ici, pas de course à l'armement, mais une lutte pure où seuls comptent le feeling météo, la précision de la barre et la capacité à ne jamais lâcher, étape après étape. Du Figaro Beneteau 1 au 3, cette exigence a forgé des générations de navigateurs.

Pourtant, en 2028, ce lien historique sera rompu. Si la course conserve son format en solitaire et par étapes, elle troque ses monocoques de 10 mètres pour la puissance spectaculaire des trimarans Ocean Fifty de 15 mètres.

Pourquoi un tel virage ?

Ce n’est pas une sanction sportive contre le Figaro Beneteau 3, mais une adaptation brutale aux réalités du XXIe siècle. OC Sport Pen Duick et le Groupe Figaro misent sur ce changement pour assurer la pérennité de l'épreuve. Dans un marché événementiel devenu ultra-concurrentiel, il ne suffit plus d’avoir les meilleurs marins ; il faut attirer les sponsors, remplir les villages de course et offrir des images fortes, immédiates, capables de captiver un public néophyte qui ne connaît pas les subtilités de la monotypie.

Le passage aux Ocean Fifty répond à ce besoin de vitesse et de spectacle visuel. Le changement de support apparaît moins comme un choix purement nautique que comme une tentative de repositionner La Solitaire comme un produit événementiel capable de générer des retombées mesurables pour les territoires d’accueil et les partenaires.

Le Championnat de France en plein séisme

Le départ de La Solitaire laisse un vide immense au sommet du Championnat de France Élite de Course au Large. Historiquement, c’est le « juge de paix » de la saison. En 2026, avec un coefficient 5, elle est l'épreuve la plus déterminante du calendrier, loin devant les autres rendez-vous. Bien que la Fédération française de voile ait confirmé le maintien du championnat au-delà de 2027, la Classe Figaro se retrouve orpheline de son accélérateur médiatique principal et doit, en urgence, réinventer l’équilibre général de son calendrier.

Le défi titanesque de la Classe Figaro

La Classe Figaro ne souhaite pas renoncer à l’ADN de sa filière. Son projet est clair : lancer dès 2028 une nouvelle épreuve en solitaire, en monotypie, sur Figaro Beneteau 3. Sur le papier, la matière grise et le matériel sont là. Mais dans les faits, le défi est colossal, car il ne s'agit pas juste de tracer une route, mais de bâtir une cathédrale événementielle de toutes pièces.

La classe devra reconstruire ce qui fait le succès d'une grande course :

  • Logistique et technique : Trouver plusieurs ports d'accueil, définir un parcours cohérent, coordonner les équipes techniques, la direction de course et assurer la sécurité.

  • Dispositif à terre : Créer un village de course, des espaces partenaires, des animations, et orchestrer les cérémonies.

  • Structure et financement : Actuellement une association, la Classe devra s'appuyer sur des professionnels ou structurer sa propre entité événementielle pour trouver les financements permettant d'asseoir la stature de cette nouvelle course dès la première édition.

Le risque est réel : sans le nom mythique de « La Solitaire », la Classe Figaro pourrait faire face au paradoxe d'avoir un excellent plateau sportif mais une audience plus faible durant les premières années. Elle devra convaincre les partenaires et les villes-étapes qu'une course, privée du nom historique, peut générer une visibilité comparable.

L'enjeu : protéger le « vivier » français

Au-delà du bateau, c’est toute la chaîne de formation française qui est fragilisée. Le Championnat de France Élite est le terreau fertile où les jeunes pousses apprennent le métier, la gestion budgétaire et la pression de la gagne avant de viser les grandes classes océaniques (Class40, IMOCA, Ocean Fifty, Ultim). La disparition d’une grande épreuve monotype par étapes fragiliserait ce parcours qui permet aux jeunes talents de se mesurer aux expérimentés sans avoir à financer un développement technologique démesuré.

2028 : deux philosophies que tout oppose

Désormais, deux mondes vont cohabiter. D'un côté, une « Solitaire » dopée à l'adrénaline via les Ocean Fifty, visant le spectacle. De l'autre, une future épreuve de la Classe Figaro, gardienne des valeurs de formation et de sélection, où la performance repose sur l'égalité stricte des chances.

Ces deux projets ne viseront pas les mêmes budgets ni les mêmes profils de skippers. L’une s’orientera vers des machines spectaculaires, l’autre restera la porte d'entrée exigeante vers l'élite. Pour la Classe Figaro, le succès ne dépendra plus seulement de la qualité des régates, mais de sa capacité à transformer cette réaction défensive en véritable projet événementiel audacieux. C'est là, dans cette bascule vers 2028, que se joue tout le futur du circuit.

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