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Bateaux & Destinations. Les Dundées thoniers de Groix : les voiliers qui ont fait la fortune de l'île bretonne

Publié le 21 juin 2026 , mis à jour le 27 juin 2026 Par ActuNautique Magazine
Bateaux et Destinations d'ActuNautique : un bateau, une destination, une histoire... À la fin du XIXe siècle, l'île de Groix devient l'un des ports thoniers les plus prospères d'Europe. Chaque printemps, des centaines de voiliers quittent ses quais pour rejoindre les zones de pêche du golfe de Gascogne et ramener les précieux thons germons qui feront la richesse de toute une communauté. Ces bateaux portent un nom surprenant : les Dundées. Derrière cette appellation aux accents écossais se cache pourtant l'une des plus belles aventures maritimes de Bretagne, celle d'un voilier de travail devenu le symbole d'une île entièrement tournée vers la mer.
La Biche, dundée thonier de l'île de Groix, sous voiles - photo : Musée des Thoniers

La Biche, dundée thonier de l'île de Groix, sous voiles - photo : Musée des Thoniers

Pourquoi appelle-t-on ces bateaux des « Dundées » ?

Le nom sonne étrangement aux oreilles des visiteurs de passage. On s’attendrait à un vieux mot breton, iodé et rugueux, et l'on se retrouve projeté sur la côte est de l'Écosse. C’est en effet de la ville de Dundee, grand port de pêche britannique du XIXe siècle, que provient le terme.

Là-bas, des constructeurs ingénieux imaginent des voiliers de travail dont les lignes de carène et l'efficacité sur l'eau font rapidement jaser dans les ports français. Séduits, les charpentiers de marine bretons s'approprient le concept, l'adaptent aux exigences pointues de la traque du thon, mais gardent le nom. Sur les quais de Groix, l'accent écossais passe immédiatement à la trappe : on ne prononce pas le mot à l'anglaise, on dit fièrement le « deun-dé ». En quelques décennies, ce vêtement d'emprunt est devenu l'un des plus vibrants symboles du patrimoine maritime armoricain.

Une île qui vivait au rythme du thon

À la fin du XIXe siècle, Groix bascule dans une tout autre dimension. Ce caillou de quelques kilomètres carrés, ancré au large de Lorient, a la chance de flotter aux premières loges d'une autoroute marine : celle des migrations annuelles du thon germon à travers le golfe de Gascogne.

Très vite, l'île ne respire plus que par et pour le poisson bleu. L'agriculture recule, les bras manquent à terre, et chaque famille place ses économies dans la construction d'un morceau de coque. Au printemps, l'effervescence saisit les foyers : on arme, on recrute, on embrasse les femmes et les enfants pour des mois d'absence. Tout l'équilibre économique de l'île repose sur ces départs massifs et l'angoisse des retours. À l'aube du XXe siècle, Groix n'est plus une simple escale : c'est le premier port thonier de France, une usine flottante forte de plusieurs centaines de navires.

Des voiliers conçus pour la grande pêche

Un dundée thonier ne triche pas. C'est une bête de somme d'une vingtaine de mètres de long, bâtie pour encaisser les coups de boutoir des tempêtes de l'Atlantique tout en affichant une vitesse capable de rivaliser avec les bancs de poissons les plus rapides.

Sa silhouette se reconnaît au premier coup d'œil : un grand mât sur l'avant et un mât de taquet plus petit, tout à l'arrière, incliné au-dessus de l'eau. Ce gréement spécifique offre une stabilité remarquable et permet au bateau de tenir la mer « à la cape » dans le gros temps, presque sans équipage à la barre. À bord, pas de place pour le confort. Les intérieurs en chêne respirent le goudron de norvège, le sel et la sueur. Chaque recoin est optimisé pour stocker la glace, le sel, les victuailles pour des semaines de mer et, surtout, les tonnes de poisson à ramener au sec.

Un bateau, une destination, une histoire

 

La grande aventure du germon

La campagne du germon, c’est l’histoire d'une traque silencieuse et épuisante qui s'étire du printemps aux premiers frimas de l'automne. Les dundées descendent chercher le thon blanc au large de l'Espagne, remontent avec lui le long du golfe de Gascogne, calés dans son sillage.

Ici, pas de filets. On pêche à la ligne de traîne, fixée à de gigantesques perches de bois — les tangons — déployées de chaque côté du navire comme de grandes antennes. Le travail est un éternel recommencement, d'une exigence physique absolue : il faut haler les poissons un à un à la force des poignets, les tuer proprement, les vider et les ranger en cale sous des tonnes de glace. Les mains brûlent, les dos s'usent sous les paquets d'eau de mer. Mais lorsque les pavillons de pêche flottent au mât pour annoncer une cale pleine, le retour au pays efface les peines dans des scènes de liesse qui secouent toute l'île.

Port-Tudy, cœur battant de Groix

Pour capter l'effervescence de cet âge d'or, il faut s'imaginer Port-Tudy au début des années 1900. Aujourd'hui havre de paix pour plaisanciers en goguette, le port était alors une ruche humaine assourdissante, suffocante de l'odeur du thon frais et de la fumée des charbons.

À chaque marée de retour, les quais devenaient noirs de monde. Les marins croisaient les mareyeurs aux voix fortes, les gamins couraient entre les chariots, tandis que les ouvrières des conserveries locales s'activaient pour mettre le poisson en boîte au plus vite. Le thon irriguait chaque maison, payait les dots, construisait les belles demeures de pierre des armateurs et faisait tourner les commerces. Le dundée n'était pas un outil de travail parmi d’autres, il était le poumon d'une communauté insulaire qui battait à son rythme.

Quand les moteurs remplacent les voiles

Le vent de la modernité finit toujours par balayer les plus belles voilures. Dans les années 1930, le bruit des premiers moteurs diesel commence à résonner dans le port de Groix, brisant le ballet silencieux des dundées.

Plus rapides, s'affranchissant des caprices du vent et des calmes plats qui faisaient pourrir le poisson en mer, les navires à moteur s'imposent comme une évidence économique. Les grands voiliers noirs perdent de leur superbe, leurs équipages fondent et les chantiers navals cessent de tailler les grands mâts. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le paysage a définitivement changé : les derniers dundées s'éteignent doucement au fond des bassins, emportant avec eux les derniers secrets de la grande pêche à la voile.

Le Biche, ambassadeur des dundées

Heureusement, l'histoire a parfois un sursaut. Contre vents et marées, un survivant de cette époque héroïque fend toujours les flots : le Biche. Sorti des chantiers en 1934, il est l'ultime témoin, le dernier thonier dundée de l'Atlantique français encore en vie.

Sauvé de la destruction et restauré de fond en comble par une poignée de passionnés au cours d'un chantier titanesque, le Biche a retrouvé son élément. Le voir aujourd'hui naviguer toutes voiles dehors, avec ses immenses tangons dressés vers le ciel, est un choc visuel. Ce n'est plus un bateau de musée, c'est une cathédrale de toile et de bois qui rappelle à tous la grâce et la puissance de ces anciens seigneurs des vagues.

Une destination idéale pour découvrir la Bretagne maritime

Aujourd'hui encore, Groix reste profondément marquée par cette épopée. Il suffit de déambuler sur les quais de Port-Tudy ou de pousser la porte de l'Écomusée pour que les fantômes des thoniers reprennent vie à travers les maquettes, les vieilles photos sépia et les récits des anciens.

Même l’architecture de l'île porte les stigmates de cette richesse passée, avec ses maisons de marins alignées et ses sépultures de capitaines au cimetière. Et lorsqu'on s'installe au sommet des falaises de Pen-Men, face au grand large, il suffit de fermer un instant les yeux pour imaginer la flottille des dundées, toutes voiles tannées déployées, rentrant au bercail dans la lumière du couchant.

Où découvrir l'héritage des dundées ?

Pour humer cet héritage, l’île de Groix reste évidemment le point de départ absolu. À seulement quelques milles de Lorient, l'île se visite à pied ou à vélo, le nez au vent, sur les traces de ses pêcheurs de légende.

Mais le spectacle est encore plus beau lors des grands rassemblements maritimes de la région. C'est là, au milieu des gréements traditionnels à Douarnenez, à Brest ou lors de la Semaine du Golfe du Morbihan, que le Biche parade fièrement. Monter à son bord ou le regarder virer de bord au milieu de la flottille reste la plus belle des façons de renouer avec l'histoire maritime de l'Atlantique.

Ce qu'il faut retenir des dundées thoniers de Groix

Pendant près d'un siècle, les dundées ont écrit l'âge d'or de la Bretagne maritime. Robustes, marins et d'une folle élégance, ces navires de travail ont arraché la fortune de Groix aux creux du golfe de Gascogne. Aujourd'hui, les moteurs ont remplacé la toile, mais l'âme de ces bateaux reste gravée dans le granit de l'île. Car ici, un navire n'a jamais été un simple assemblage de planches : il est le miroir d'une communauté de marins qui a choisi de lier son destin à celui de l'océan.

Cet article fait partie de la collection Bateaux & Destinations d'ActuNautique, une série de reportages consacrés aux bateaux qui racontent l'histoire, les paysages et l'identité des territoires. Du littoral aux fleuves, des lacs aux canaux, chaque embarcation révèle une autre façon de découvrir le monde.

Cet article fait partie de la collection Bateaux & Destinations d'ActuNautique, une série de reportages consacrés aux bateaux qui racontent l'histoire, les paysages et l'identité des territoires. Du littoral aux fleuves, des lacs aux canaux, chaque embarcation révèle une autre façon de découvrir le monde.

BateauScopie de la réplique au 1/5ème du Biche, thonier dundée de Groix - ActuNautique.com

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bateauScopie, l'émission Bateaux d'ActuNautique Yachting Art, vous propose de tout savoir sur le Biche, le dernier thonier dundée à voiles de l'Atlantique, u... => Abonnez-vous à la chaîne You...

https://www.actunautique.com/2022/06/bateauscopie-de-la-replique-au-1/5eme-du-biche-thonier-dundee-de-groix.html

BateauScopie Etoile Molène - visite d'un thonier Dundee de 1954 - ActuNautique.com

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