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Les Canalous. Exclusif - visite du chantier CPC, le chantier des Canalous à Digoin

Publié le 29 août 2026 , mis à jour le 30 août 2026 Par ActuNautique Magazine

Eaux Intérieures - Construction de bateaux fluviaux, refit, conversion électrique, circuits courts et même transformation de wagons en hébergements : à Digoin, en Bourgogne, le chantier naval CPC des Canalous est devenu bien davantage qu’un simple site de production. Pour Eco Yachting, ActuNautique a rencontré Alfred Carignant, dirigeant d’une entreprise familiale qui construit ses bateaux pour durer plusieurs décennies et décline désormais son savoir-faire dans le slow tourisme. Une plongée dans une industrie nautique française atypique, où l’usage, la durabilité et la réparation prennent le pas sur la course à la nouveauté.

À Digoin, entre Mâcon et Moulins, les bateaux font partie du paysage. La ville se trouve à la rencontre de plusieurs voies navigables, notamment le canal du Centre, le canal latéral à la Loire et le canal de Roanne à Digoin. C’est dans cet environnement que s’est développée l’histoire des Canalous et de son chantier naval CPC, Construction de Polyester du Centre.

Pour cette émission d’Eco Yachting, ActuNautique est allé découvrir ce site avec Alfred Carignant. Derrière les bâtiments du chantier se cache une entreprise française qui possède une caractéristique devenue relativement rare : elle conserve en interne une grande partie des compétences nécessaires à la conception, la construction, l’aménagement et la rénovation de ses bateaux.

Les Canalous : une histoire familiale commencée en 1981

L’histoire commence en 1981 avec le père et le grand-père d’Alfred Carignant.

À cette époque, la location de bateaux habitables sans permis est encore balbutiante. Les canaux français ont été aménagés pour le transport de marchandises et les bateaux véritablement conçus pour le tourisme fluvial sont rares.

La famille commence par la location. Très rapidement apparaît donc une nécessité : disposer de bateaux spécifiquement adaptés à cet usage.

Le chantier CPC naît de ce besoin.

Cette origine explique encore aujourd’hui une partie de sa philosophie industrielle. Les Canalous étant eux-mêmes utilisateurs des bateaux produits par CPC, le chantier travaille directement à partir des contraintes rencontrées en exploitation.

Il ne s’agit donc pas seulement de concevoir un bateau susceptible de séduire lors d’un salon, mais de construire une unité capable d’enchaîner les saisons de location, les passages d’écluses et les manœuvres pendant des décennies.

Tarpon, Espade et Péniche EXP : près de vingt modèles

CPC dispose aujourd’hui de près d’une vingtaine de modèles.

Parmi les plus emblématiques figure la gamme Tarpon, déclinée de 32 à 49 pieds. Les Espade représentent une autre approche classique du houseboat fluvial, tandis que la Péniche EXP reprend volontairement les codes esthétiques de la péniche.

Cette dernière vise également une clientèle différente de celle de la location traditionnelle. Avec ses volumes et son organisation intérieure, elle peut devenir une véritable résidence secondaire, voire principale.

Le Tarpon 49 découvert pendant le tournage illustre de son côté la recherche d’habitabilité propre au tourisme fluvial. Il dispose de quatre cabines possédant chacune leur douche et leurs toilettes, auxquelles peut s’ajouter une petite cabine destinée à un ou deux membres d’équipage.

Sa longueur reste inférieure à 15 mètres, seuil important pour son exploitation dans le cadre de la location fluviale sans permis.

Des bateaux construits pour encaisser les chocs

La visite du chantier permet surtout de comprendre à quel point la construction d’un bateau fluvial diffère de celle d’un bateau destiné à la mer.

En maritime, l’architecte doit notamment composer avec les efforts générés par la navigation dans les vagues. La recherche du poids constitue également un élément important pour les performances et la consommation.

Sur un canal, le cahier des charges change radicalement.

La vitesse est limitée, souvent autour de 8 km/h, et le bateau ne rencontre pratiquement pas de vagues. En revanche, il passe son temps à manœuvrer.

Écluses, quais, ponts, canaux étroits : le risque de contact est permanent.

CPC privilégie donc des coques en polyester fortement échantillonnées, conçues pour offrir une importante résistance aux impacts. Le poids devient beaucoup moins critique que sur une vedette rapide.

Cette philosophie conduit le chantier à surdimensionner certaines structures pour rechercher avant tout la longévité.

Selon Alfred Carignant, les bateaux construits par CPC depuis les débuts du chantier sont toujours en activité. Ils nécessitent évidemment des rénovations, des changements de moteurs ou une remise à niveau des aménagements après plusieurs décennies, mais la structure polyester peut continuer sa carrière.

Environ 3 000 à 3 500 heures pour construire un Tarpon 49

CPC reste un chantier à dimension artisanale.

Une dizaine de personnes travaillent sur le site. Rapportée à un bateau d'environ 42 pieds, la production correspond à une dizaine d’unités par an, soit approximativement un bateau sortant du chantier chaque mois lorsque la production fonctionne en cadence.

Un grand Tarpon 49 représente pour sa part environ 3 000 à 3 500 heures de travail.

La particularité réside dans le nombre d'opérations réalisées directement à Digoin : cahier des charges, conception, modelage, réalisation des outillages et des moules, composite et aménagement.

Une grande partie de l'intérieur est d'ailleurs installée avant que le pont ne vienne refermer la coque.

CPC travaille parallèlement avec des entreprises très proches géographiquement. Serrurerie, inox ou sellerie peuvent ainsi être confiés à des fournisseurs implantés dans la même zone d'activité.

Le circuit court n'est pas seulement présenté comme une démarche environnementale : pour un petit chantier réalisant régulièrement du sur-mesure, la proximité apporte surtout de la réactivité.

Le refit devient un véritable axe de développement

Construire des bateaux capables de vivre plusieurs décennies conduit logiquement à développer leur rénovation.

CPC réalise depuis longtemps les refits nécessaires à la flotte des Canalous, mais le chantier ouvre désormais davantage cette compétence aux propriétaires particuliers de bateaux fluviaux.

Lors du tournage d'Eco Yachting, un Espade Concept Fly de plus de 35 ans se trouvait ainsi en reconstruction après un sinistre particulièrement sérieux. Le bateau avait heurté un obstacle avant de rester immergé plusieurs mois.

Sa remise en état illustre une approche intéressante de l'économie circulaire appliquée au nautisme : lorsqu'une structure peut être conservée, la rénovation peut éviter de remplacer intégralement le bateau.

Les travaux concernent alors la mécanique, les aménagements, les vaigrages, les équipements et, si nécessaire, une partie de la structure.

Transformer un ancien bateau thermique en bateau électrique

Le chantier observe également une nouvelle demande : l'électrification de bateaux fluviaux existants.

Des propriétaires souhaitent désormais remplacer leur ancienne motorisation thermique par une propulsion électrique.

CPC dispose ici d'une expérience directement acquise auprès des Canalous. Le groupe a testé plusieurs technologies de propulsion électrique et a également travaillé sur un bateau à hydrogène.

Le fluvial présente évidemment des caractéristiques favorables à l'électrification : vitesse faible, besoins en puissance relativement contenus et profils de navigation beaucoup plus prévisibles qu'en mer.

La disparition du bruit, des vibrations et des odeurs modifie également profondément l'expérience à bord.

Pour CPC, cette activité de conversion électrique complète donc naturellement le refit traditionnel.

Les Canalous : 300 bateaux sur 17 bases françaises

Derrière le chantier se trouve un acteur important du tourisme fluvial.

Les Canalous exploitent directement environ 300 bateaux répartis sur 17 bases en France. En intégrant son réseau de partenaires européens, l'offre commercialisée atteint environ 600 bateaux sur une quarantaine de bases.

Cette dimension explique également la culture très particulière de CPC : le constructeur bénéficie du retour d'expérience d'une flotte importante utilisée par des milliers de vacanciers.

Le bateau est ainsi pensé d'abord à travers son usage.

Des bateaux aux wagons : le virage du slow tourisme

Mais la véritable surprise de la visite d'Eco Yachting apparaît dans une autre partie du chantier.

Depuis une quinzaine d'années, CPC applique ses compétences d'aménagement à des hébergements insolites.

La Toue Cabanée a constitué l'un des premiers projets. Présentée dès 2010, elle réinterprétait un bateau traditionnel de Loire en hébergement touristique.

Depuis, le concept s'est considérablement élargi.

Lors du tournage, un ancien wagon de marchandises était en cours de transformation avant de rejoindre un village touristique à Bar-sur-Aube, en Champagne. Un bus anglais à double étage doit également passer entre les mains des équipes de Digoin.

CPC réalise ainsi environ une vingtaine d'hébergements insolites par an, en complément de sa production nautique.

Le fil conducteur reste finalement le même : optimiser des volumes réduits pour créer des lieux de vie et proposer une autre manière de découvrir les territoires.

Le fluvial comme incarnation du slow tourisme

Cette diversification révèle la cohérence du modèle développé autour des Canalous.

Le bateau habitable avançant à 8 km/h est presque, par définition, un outil de slow tourisme. Il ne permet pas d'accumuler les destinations mais oblige à regarder le territoire traversé.

La France dispose pour cela d'un patrimoine exceptionnel, avec environ 8 500 kilomètres de voies navigables.

Canal du Midi, Bretagne, Charente, Mayenne, Sarthe, Lot ou Bourgogne offrent des expériences très différentes.

À Digoin, le plaisancier se trouve au cœur d'un réseau particulièrement dense permettant de rejoindre plusieurs canaux, mais également la Saône, la Seille ou, plus loin, le réseau du Nivernais et de Briare.

La navigation fluviale possède enfin une caractéristique souvent sous-estimée : sa simplicité d'accès. Pas de houle à anticiper, pas de mouillage à surveiller et une météo qui détermine davantage la tenue vestimentaire que la possibilité de prendre la mer.

Pour autant, naviguer à 8 km/h ne signifie pas rester passif : passages d'écluses, accostages et navigation dans des chenaux parfois étroits multiplient les manœuvres.

À travers CPC et Les Canalous, cette émission d'Eco Yachting met ainsi en lumière un modèle nautique assez éloigné de la course à la puissance et au renouvellement permanent : des bateaux construits lourdement pour durer, rénovés après plusieurs décennies, désormais convertibles à l'électrique, et une industrie locale qui a progressivement étendu son savoir-faire au slow tourisme terrestre.

Une autre manière d'envisager le nautisme durable : avant de chercher à rendre un bateau recyclable, commencer peut-être par le construire pour qu'il puisse naviguer pendant 30, 40 ans, voire davantage.

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