Courses et Régates - Il y avait les grands trimarans océaniques et les Optimist des enfants, les skippers du large et les plaisanciers, les pêcheurs, la SNSM, la Marine nationale et, surtout, des milliers de personnes tournées vers la mer. Ce mardi, Concarneau a vécu une journée à part pour rendre hommage à Charlie Dalin, disparu le 10 juin dernier. Plus de 150 bateaux ont pris part au rassemblement tandis que 15 000 à 20 000 personnes se pressaient le long des 1,5 kilomètre de corniche. Un hommage immense, mais sans solennité excessive : Charlie avait souhaité que ce moment soit collectif, lumineux et largement tourné vers les enfants.
Certains avaient traversé la France. D’autres étaient venus de Belgique ou de beaucoup plus loin encore. Brest, Nantes, Strasbourg, Marseille, Californie… Sur le littoral de Concarneau, les accents et les générations se mélangeaient.
Il y avait ceux qui connaissaient Charlie Dalin personnellement, ceux qui avaient suivi ses Vendée Globe et ceux qui ne l’avaient jamais rencontré mais avaient été touchés par son parcours.
Mathis, 11 ans, résumait simplement le sens de cette journée : il était venu pour célébrer Charlie, le remercier et surtout retenir de lui qu’il faut continuer à croire en ses rêves.
C’était peut-être, finalement, l’essentiel.
SUR LE SABLE, UN IMMENSE « MERCI CHARLIE »
La journée avait commencé quelques kilomètres plus loin, sur la plage de Kerleven, à La Forêt-Fouesnant.
L’association La Forêt verte et l’artiste Philippe Compain y avaient imaginé une fresque monumentale de 26 mètres sur 12. Des enfants des écoles primaires, des membres de l’équipe technique et de nombreux volontaires ont participé à sa réalisation.
Sur le sable est progressivement apparu le visage de Charlie Dalin, accompagné d’un message : « Merci Charlie, fiers d’avoir croisé ton sillage. »
Une manière simple de donner immédiatement le ton.
Car si cet hommage devait évidemment parler de course au large, de Vendée Globe et de grands bateaux, il devait surtout parler de transmission. La présence des enfants n’avait rien d’accessoire : Charlie Dalin avait souhaité qu’ils occupent une place importante dans cette journée.
Puis les regards ont quitté la plage pour se tourner vers le large.
150 BATEAUX, DES ULTIM AUX OPTIMIST
Peu à peu, la baie s’est remplie de voiles et de bateaux.
Plus de 150 unités ont convergé vers Concarneau. Une flotte improbable, réunissant presque toutes les facettes de la voile française.
Quatre Ultim de 32 mètres côtoyaient un Ocean Fifty, quinze IMOCA, des Class40, des Figaro Bénéteau 3 et des Mini 6.50. Des dériveurs, des wingfoils et surtout de nombreux Optimist menés par les enfants des écoles de voile complétaient cette flotte.
Pêcheurs et plaisanciers avaient eux aussi pris la mer.
Six vedettes de la SNSM étaient présentes, tout comme le patrouilleur Le Cormoran de la Marine nationale et l’Abeille Bretagne. Le puissant remorqueur de sauvetage a salué le marin avec de spectaculaires gerbes d’eau.
Pendant quelques heures, les catégories habituelles avaient disparu. Professionnels et amateurs, grands multicoques océaniques et petits dériveurs, marins chevronnés et enfants qui découvrent encore la voile naviguaient ensemble.
L’hommage laissera d’ailleurs une trace très concrète sur le littoral breton : la balise de la Linuen, en baie de Concarneau, doit désormais porter le nom « Linuen – Charlie Dalin ».
Une façon de laisser Charlie là où les marins pourront continuer à le croiser : en mer.
CONCARNEAU FACE À LA MER
À terre, la foule avait pris possession de la corniche.
Entre 15 000 et 20 000 personnes se sont réparties sur près d’un kilomètre et demi pour suivre la parade. Un écran géant avait été installé sur la plage, accompagné d’un globe terrestre qui renvoyait inévitablement aux océans parcourus par Charlie Dalin et à ce tour du monde devenu le fil conducteur de sa vie de marin.
L’organisation de cette journée aura demandé seulement six semaines.
Yannick Perrigot, directeur de l’agence Disobey chargée de l’événement, raconte une mobilisation immédiate : collectivités, monde maritime, institutions et anonymes ont répondu présents. Pour lui, l'ampleur du rassemblement dit quelque chose qui dépasse les résultats sportifs de Charlie Dalin : le marin avait réussi à toucher un public bien au-delà du cercle de la course au large.
Au milieu de cette immense flotte, un bateau attirait forcément les regards.
MACIF Santé Prévoyance.
L’IMOCA jaune et bleu avec lequel Charlie Dalin avait remporté le Vendée Globe 2024-2025 était là.
MACIF SANTÉ PRÉVOYANCE, LE BATEAU D’UNE VICTOIRE HORS NORME
Difficile de dissocier Charlie Dalin de cet IMOCA.
Il l’avait imaginé et développé avec un objectif extrêmement clair : gagner le Vendée Globe.
Il l’a fait.
Une victoire devenue plus impressionnante encore lorsque l’on a appris qu’il avait disputé ce tour du monde tout en étant atteint d’un cancer.
Ce mardi, le bateau a remonté le chenal de Concarneau avec son équipe technique à bord. Perrine Le Pape-Dalin et leur fils Oscar étaient également présents.
L’image avait forcément une force particulière.
Le bateau était là. L’équipe était là. Sa famille était là. Et tout autour, des milliers de personnes regardaient passer celui qui restera comme l’un des grands bateaux de la carrière de Charlie Dalin.
Puis les mots ont laissé la place au bruit.
UNE « MINUTE DE BRUIT » POUR CHARLIE
Pas de minute de silence.
Pour Charlie, ce fut une minute de bruit.
Les cornes de brume ont retenti. Les sirènes leur ont répondu. Les applaudissements sont montés de la côte et des bateaux. Des fumigènes ont été allumés tandis que l’Abeille Bretagne projetait ses immenses gerbes d’eau.
La Marine nationale s’est elle aussi associée à l’hommage avec le passage d’un avion de patrouille maritime ATL2. La Patrouille de France a ensuite survolé la baie et la foule réunie face à la mer.
Enfin, un feu d’artifice est venu fermer cette longue séquence maritime.
Une fête, incontestablement. Mais une fête avec ce mélange étrange de sourires et de tristesse que l’on retrouve lorsque l’on célèbre quelqu’un dont l’absence reste encore difficile à accepter.
Dans la foule, Hervé, venu de Nantes, trouvait le moment à la fois beau et triste. Éric avait fait le voyage depuis Strasbourg parce que le courage de Charlie Dalin lui avait donné de la force.
Deux témoignages parmi des milliers d’autres.
« CHARLIE AURAIT ÉTÉ FIER »
Pour Perrine Le Pape-Dalin, cette journée avait évidemment une autre dimension.
Elle avait surtout une particularité : Charlie lui-même avait souhaité cet hommage.
Perrine raconte avoir voulu respecter sa volonté et vivre pleinement cette journée avec leur fils Oscar. Tous deux avaient décidé qu’elle ne serait pas uniquement un moment de tristesse, mais aussi une journée dont ils pourraient profiter.
Elle a également tenu à remercier les innombrables personnes qui lui ont adressé des messages depuis la disparition de Charlie. Des témoignages qui lui ont donné de la force et qui montrent, selon elle, à quel point son mari avait réussi à toucher les gens bien au-delà du monde de la course au large.
Jean-Luc Denéchau, président de la Fédération Française de Voile, a lui aussi choisi de retenir cette dimension humaine : celle d’un immense marin, mais également d’un homme simple, généreux et passionné.
Et devant lui, il y avait peut-être la plus belle réponse possible : des enfants naviguant en Optimist au milieu de certains des bateaux les plus extraordinaires de la course océanique.
DES ENFANTS, DES BATEAUX ET UN SILLAGE QUI RESTE
Charlie Dalin restera évidemment associé à ses résultats sportifs, à ses IMOCA et à sa victoire dans le Vendée Globe.
Mais l’hommage de Concarneau racontait autre chose.
Il racontait la capacité d’un marin à réunir, le temps d’une journée, des mondes qui naviguent habituellement à des vitesses très différentes.
Un Ultim de 32 mètres et un Optimist n’ont objectivement pas grand-chose en commun.
Sauf la mer.
Et peut-être ce désir qui pousse un enfant à monter pour la première fois dans un petit dériveur et qui, des années plus tard, peut conduire un marin à prendre le départ d’un tour du monde en solitaire.
C’est probablement pour cela que les enfants occupaient une place aussi importante dans l’hommage imaginé par Charlie.
Au terme de cette journée, Perrine a rappelé quelques mots qu’il voulait transmettre : croire en ses rêves, y compris lorsqu’ils paraissent impossibles.
Ce mardi à Concarneau, entre les Optimist, les IMOCA, les Ultim et plusieurs milliers de personnes regardant vers le large, le message avait trouvé son public.
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