9 Février 2026
Acteurs discrets mais déterminants de la posture permanente de sauvegarde maritime, les sémaphores constituent un maillon essentiel de la surveillance des approches maritimes françaises et de l’action de l’État en mer en Méditerranée. En 2025, leur activité soutenue confirme leur rôle stratégique sur une façade maritime parmi les plus denses d’Europe.
Placée sous l’autorité du commandant de la zone maritime Méditerranée, la chaîne sémaphorique méditerranéenne s’inscrit dans le dispositif global de la Marine nationale. Héritière d’une longue tradition de surveillance côtière remontant au XIXe siècle, elle constitue aujourd’hui une composante moderne du dispositif de défense maritime du territoire (DMT). L’évolution des technologies (radars performants, optiques longue portée, systèmes radio numériques, drones) a profondément transformé ces vigies maritimes, sans modifier leur vocation première : observer, détecter, identifier et alerter.
La chaîne sémaphorique de Méditerranée est armée par 19 sémaphores répartis sur près de 2 000 kilomètres de côtes : 12 implantés sur le littoral continental et 7 en Corse. Chaque sémaphore est tenu par une équipe d’une dizaine de marins qui se relaient 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Leur mission s’appuie sur une combinaison de senseurs (optiques, radars, moyens radio et, dans certains cas, drones) permettant une veille permanente de leur zone de responsabilité.
Ce maillage fin constitue le « dernier rempart » du territoire national face aux menaces pouvant provenir de la mer. En coordination avec les bâtiments et aéronefs de la Marine nationale opérant plus au large, les sémaphores assurent la détection et le suivi de tout navire civil ou militaire pénétrant dans les eaux sous souveraineté ou juridiction françaises.
En 2025, 257 416 navires civils ont ainsi été suivis, soit une hausse de 3 % par rapport à l’année précédente. Plus de 500 bâtiments militaires étrangers ont également été observés et identifiés, un chiffre en recul de 22 %, traduisant des variations conjoncturelles dans l’activité navale internationale en Méditerranée. Ces données illustrent l’intensité du trafic sur cette façade stratégique, carrefour du commerce mondial et zone d’intérêt géopolitique majeur.
Au-delà de la surveillance militaire, la chaîne sémaphorique joue un rôle déterminant dans l’action de l’État en mer (AEM), sous l’autorité du préfet maritime de la Méditerranée. Grâce à leur implantation côtière et à la permanence de leurs équipes, les sémaphores contribuent activement à la surveillance de la navigation, à la protection de l’environnement marin, à la détection d’activités illicites et à la sauvegarde de la vie humaine.
En 2025, leur contribution à l’AEM s’est traduite par des chiffres significatifs :
Ces chiffres traduisent une vigilance accrue, notamment en matière environnementale. La protection des herbiers de posidonie, écosystèmes essentiels de la Méditerranée, constitue un enjeu prioritaire. Les sémaphores participent activement au contrôle des zones de mouillage réglementées et signalent les infractions susceptibles d’endommager ces habitats protégés.
Leur soutien au centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Méditerranée (CROSS MED) est également essentiel. En transmettant des informations précises et en assurant une coordination locale, ils contribuent à réduire les délais d’intervention et à optimiser la gestion des opérations de secours.
L’année 2025 a également été marquée par la participation des sémaphores à plusieurs exercices et opérations d’ampleur. Parmi les événements majeurs figure la sécurisation de la 3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3), organisée en juin à Nice.
Les sémaphores de Ferrat (Saint-Jean-Cap-Ferrat) et de la Garoupe (Antibes) ont joué un rôle clé durant les dix jours de l’événement. Renforcés par du personnel venu d’autres sites, ils ont assuré une surveillance renforcée du trafic maritime et un contrôle strict des zones nautiques et aériennes réglementées en baie des Anges et en rade de Villefranche-sur-Mer. Grâce à leurs capacités de détection, ils ont fourni un préavis précieux aux unités nautiques engagées, contribuant à la coordination générale du dispositif de sécurité.
L’augmentation des signalements d’infractions et des soutiens aux opérations de sauvetage reflète à la fois la densité des activités maritimes et la réactivité des équipes. Dans un contexte marqué par l’intensification des flux commerciaux, la pression environnementale et la persistance de risques sécuritaires, la chaîne sémaphorique de Méditerranée reste un acteur incontournable de la sécurité maritime française.