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ÉDITORIAL — La pêche au maquereau, révélateur d’un aveuglement de la technostructure

Le dossier de la pêche au maquereau dépasse largement la simple question d’un stock halieutique. Il révèle surtout une confusion persistante — et profondément injuste — entre les responsabilités des différents types de pêche.

Aujourd’hui, tout semble mis sur le même plan : pêche de loisir, pêche artisanale et pêche industrielle. Comme si un plaisancier ramenant quelques poissons ou un ligneur côtier pesaient autant qu’un navire capable de capturer des centaines de tonnes. Cette assimilation n’a aucun sens.

Les décisions récentes en témoignent. Pour 2026, l’Union européenne a entériné une baisse drastique des quotas de maquereau, proche de –70 %, suivant les recommandations scientifiques. Une mesure forte, censée répondre à l’état préoccupant du stock.

Mais dans le même temps, hors UE, certains pays continuent de fixer des niveaux de capture supérieurs aux avis scientifiques. Résultat : l’effort demandé aux pêcheurs européens — notamment les plus petits — ne suffit pas à enrayer la pression globale.

Et comme souvent, ce sont eux que l’on pointe du doigt.

Les pêcheurs artisans voient leurs quotas réduits.

La pêche de loisir est de plus en plus encadrée, parfois stigmatisée.

Pendant ce temps, la pêche industrielle poursuit une logique de volume : captures massives, prélèvements de poissons immatures, pression en période de reproduction, et une part non négligeable des prises transformée en farine.

Le déséquilibre est évident.

Quelques signaux existent pourtant. Début 2026, 400 tonnes de quotas ont été réattribuées de l’industriel vers l’artisanal. Une décision encourageante, mais encore marginale.

Car il faut le rappeler clairement : la pêche artisanale et la pêche de loisir ne sont pas le problème. Elles en sont souvent les premières victimes — et peuvent être une partie de la solution.

Elles reposent sur des pratiques sélectives, saisonnières, ancrées dans les territoires. À l’inverse, la logique industrielle privilégie le volume et la rentabilité immédiate, au détriment de l’équilibre des ressources.

Alors pourquoi continuer à tout confondre ?

Pourquoi faire peser les contraintes sur ceux dont l’impact reste limité, plutôt que de s’attaquer aux causes réelles ?

Le maquereau mérite une gestion lucide.
Et le monde maritime mérite mieux qu’un amalgame.

Il est temps de distinguer les modèles, de protéger les pratiques responsables, et de réguler enfin les excès là où ils se produisent réellement.

Faute de quoi, les quotas baisseront encore — et l’injustice avec eux ne fera que grandir.

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