2 Février 2026
Un ferry électrique reliant Göteborg à Oslo sans infrastructure lourde dédiée : c’est la démonstration qu’a réalisée le Candela P-12 en accomplissant un trajet record de 160 milles marins entre la côte ouest de la Suède et la capitale norvégienne. Ce voyage, le plus long jamais effectué par un navire à passagers entièrement électrique, marque une étape importante dans l’évolution du transport maritime durable, en particulier pour les lignes rapides.
Fondée en Suède au milieu des années 2010, Candela s’est rapidement imposée comme un acteur singulier de l’électrification maritime en développant une technologie d’hydrofoils contrôlés par ordinateur. L’entreprise s’est d’abord fait connaître avec des bateaux de plaisance électriques à foils, avant d’appliquer ce savoir-faire au transport public. Avec le P-12, Candela a franchi un cap en devenant le premier constructeur à produire en série un ferry électrique à hydrofoils, aujourd’hui exploité notamment dans le réseau de transport public de Stockholm.
Si les ferries électriques se multiplient à travers le monde, leur déploiement reste souvent contraint par des limites structurelles. La plupart des navires à passagers électriques en service aujourd’hui opèrent sur des itinéraires courts et fixes, principalement en raison de leur forte consommation énergétique et de leur dépendance à des infrastructures de recharge lourdes. Même en Norvège, pays pionnier de l’électrification maritime, ces contraintes freinent l’extension des lignes à grande vitesse sur de longues distances.
C’est précisément ce modèle que Candela souhaitait questionner en lançant le P-12 sur un trajet bien au-delà des distances habituellement parcourues par des navires électriques.
Le Candela P-12 repose sur un principe simple mais radical : réduire drastiquement la traînée hydrodynamique. À partir d’environ 20 nœuds, des ailes immergées soulèvent la coque au-dessus de l’eau. Ce vol contrôlé permet de diminuer la consommation d’énergie d’environ 80 % par rapport à un ferry conventionnel de taille comparable.
Grâce à cette efficacité, le P-12 affiche une vitesse de croisière de 25 nœuds, avec des pointes dépassant les 30 nœuds lors des essais, tout en conservant une autonomie pouvant atteindre 40 milles marins sur une seule charge. Des performances qui lui ont déjà valu le record du ferry électrique à passagers le plus rapide en service.
Le trajet entre Göteborg et Oslo a été réalisé en trois jours, avec plusieurs escales destinées à la démonstration et à la recharge. L’objectif n’était pas la rapidité, mais la preuve de faisabilité d’une navigation électrique longue distance, flexible et indépendante d’installations spécifiques.
Contrairement aux ferries électriques conventionnels opérant à Oslo, comme le m/s Baronen, qui fonctionnent sur des trajets de dix milles marins avec des systèmes automatisés de remplacement de batteries coûtant plusieurs centaines de millions de couronnes norvégiennes, le Candela P-12 adopte une approche radicalement différente.
L’efficacité énergétique du P-12 lui permet de se recharger à partir de bornes rapides CC standard, similaires à celles utilisées pour les véhicules électriques. Lors du voyage, l’équipage a utilisé à la fois le réseau suédois existant de recharge rapide, notamment les stations Aqua SuperPower, et une solution mobile fournie par Skagerak Energi.
Cette dernière reposait sur un chargeur DC portable de 360 kW relié à un système de batteries embarquées, transporté par un pick-up électrique Ford F-150 Lightning. Une configuration volontairement simple, destinée à démontrer que l’électrification maritime ne nécessite pas systématiquement des investissements lourds dans les ports.
« L’infrastructure de recharge est le coût caché de l’électrification des navires conventionnels. » explique Gabriele De Mattia, ingénieur de projet chez Candela et responsable technique de ce voyage. Selon lui, « la percée du P-12 réside dans sa rapidité de recharge et son extrême flexibilité en matière de lieux d’exploitation. »
À l’arrivée à Oslo, où le ferry a été accueilli par des représentants officiels et les médias, le contraste avec les systèmes existants était particulièrement visible. Alors que certains projets d’électrification norvégiens font face à des critiques liées aux dépassements de coûts et aux retards dans le déploiement des infrastructures, le Candela P-12 a permis une comparaison directe.
Le coût total de l’électricité consommée pour parcourir les 160 milles marins s’est élevé à un peu plus de 200 euros, illustrant l’impact potentiel de l’efficacité énergétique sur les coûts d’exploitation à long terme.
Sans prétendre remplacer tous les ferries existants, le Candela P-12 ouvre une voie alternative pour les liaisons rapides, régionales ou interurbaines, là où la flexibilité et la maîtrise des coûts sont déterminantes. Ce voyage record ne constitue pas seulement une performance technique, mais un cas d’usage concret, susceptible d’alimenter la réflexion des autorités portuaires, des opérateurs de transport et des décideurs publics confrontés aux défis de la transition énergétique maritime.
Décryptage - pour Candela, l'avenir passe désormais par le transport de passagers. Oublié le marché de la plaisance, trop erratique, complexe et incertain, avec des programmes de navigation trop disparates. Avec ses navettes, Candela cible des opérateurs solvables, pour des liaisons permanentes d'un point A à un point B, dans des eaux relativement protégées, les capteurs permettant le vol des foilers suédois, préférant les eaux calmes.