3 Mars 2026
Nautisme - Tout au long du premier semestre 2026, un important chantier de dragage est engagé sur la Bidassoa afin de restaurer la navigabilité du fleuve et de sécuriser l’accès au port de plaisance et au port de pêche d’Hendaye. Envasée progressivement depuis plus de trois décennies, la rive nord du fleuve était devenue difficilement praticable pour les embarcations, menaçant à terme l’activité portuaire locale. Ce programme, estimé à 10 millions d’euros et cofinancé par la Ville d’Hendaye et le Département des Pyrénées-Atlantiques, marque le lancement d’une opération pluriannuelle d’envergure.
Frontière naturelle entre la France et l’Espagne, la Bidassoa occupe depuis des siècles une position stratégique dans l’histoire maritime et diplomatique. Son estuaire a vu transiter navires de commerce, flottilles de pêche et bâtiments militaires. C’est également sur ses eaux qu’a été signé en 1659 le traité des Pyrénées, mettant fin à la guerre entre les deux royaumes. Au fil du temps, le fleuve a façonné l’identité d’Hendaye, dont le développement portuaire et touristique repose en grande partie sur cet accès direct à l’Atlantique. Préserver sa navigabilité relève donc autant d’un impératif économique que patrimonial.
Comme de nombreux fleuves côtiers, la Bidassoa est soumise à un phénomène naturel d’ensablement. Les courants marins, les marées et les apports sédimentaires transportés par le fleuve modifient en permanence la morphologie de l’estuaire. Sans intervention régulière, ces dépôts forment des bancs de sable susceptibles d’entraver la circulation des navires.
Or, la dernière campagne de dragage significative remontait à près de 35 ans. Progressivement, certaines zones sont devenues trop peu profondes, compliquant les manœuvres et réduisant les marges de sécurité, notamment pour les unités à fort tirant d’eau. La situation était devenue particulièrement préoccupante sur la rive nord, où la navigation était fortement limitée.
Le dragage consiste à aspirer un mélange d’eau et de sédiments à l’aide d’une drague spécialisée positionnée à l’embouchure du fleuve et dans les bassins portuaires. Au total, environ 320 000 tonnes de matériaux devraient être extraites à l’issue de l’opération.
L’originalité du projet tient à la valorisation des sédiments. Plutôt que d’être rejeté au large, le sable aspiré est acheminé via un réseau de conduites vers de vastes bassins de rétention aménagés à proximité immédiate du littoral. Ces bassins, creusés à l’aide d’engins de chantier dès le mois de janvier 2026, permettent la décantation naturelle : l’eau s’évapore progressivement, laissant place à un sable dont la qualité est ensuite analysée.
Une fois validé, ce matériau sera utilisé pour réalimenter la plage de la résidence Croisière à Hendaye, particulièrement touchée par l’érosion. À marée haute, cette portion du littoral tendait à disparaître presque totalement. L’opération vise donc un double objectif : sécuriser la navigation et renforcer la résilience du trait de côte.
L’un des défis majeurs du chantier réside dans le maintien de l’accessibilité du littoral. Hendaye est un haut lieu des sports nautiques : surf, longe-côte, baignade et voile rythment la vie locale, en particulier au printemps et en été. La municipalité a exigé que les travaux soient organisés de manière à préserver ces usages.
Cela implique une coordination étroite entre les entreprises en charge du chantier, les autorités portuaires et les acteurs du tourisme. Les bassins de rétention ont ainsi été implantés en veillant à limiter l’impact sur les zones de pratique. La planification des opérations tient compte des périodes de fréquentation et des conditions météorologiques.
Les travaux se déroulent sous l’autorité du commandement de la Marine locale, le COMAR Bidassoa, structure singulière héritée d’une tradition historique propre à ce territoire frontalier. La Bidassoa est en effet connue pour son îlot des Faisans, administré alternativement par la France et l’Espagne tous les six mois, une particularité qui confère au fleuve un statut diplomatique unique.
Au-delà de la dimension technique, ce chantier s’inscrit dans une stratégie plus large d’adaptation aux dynamiques littorales. L’élévation du niveau de la mer, l’intensification des tempêtes et la modification des régimes hydrosédimentaires imposent aux collectivités côtières de repenser la gestion de leurs estuaires.
En combinant dragage et réensablement, Hendaye fait le choix d’une approche circulaire, où les sédiments extraits deviennent une ressource. Cette logique de valorisation s’inscrit dans les recommandations actuelles en matière de gestion durable des zones côtières.
À terme, la restauration des profondeurs permettra de sécuriser durablement l’accès aux ports, de soutenir l’activité économique locale et de préserver l’attractivité touristique du territoire. Quant à la plage réhabilitée, elle contribuera à renforcer la protection naturelle contre l’érosion.