Il suffit de quelques minutes à bord du nouveau Linjett 36 pour comprendre que ce voilier n’a pas été dessiné pour impressionner au ponton. Chaque détail semble plutôt avoir été pensé par des gens qui naviguent réellement : une drisse à portée de main, un écran lisible depuis la barre, un immense coffre pour les vêtements mouillés, une échelle permettant de débarquer directement sur un rocher… Présenté en première mondiale à l’Öppet Varv 2026 d’Ellös, en Suède, le Linjett 36 perpétue une conception très scandinave du voilier de croisière. BateauScopie est monté à bord.
Sur le marché européen du voilier, Linjett Yachts reste un nom relativement confidentiel en France. En Suède, la situation est bien différente.
Le chantier qui construit les Linjett remonte à 1886, ce qui en fait, selon son responsable commercial Matti Wikholm, le plus ancien chantier naval suédois toujours en activité. La marque Linjett apparaît quant à elle en 1973 et plus de 900 voiliers ont depuis été construits.
Une production qui reste volontairement artisanale : environ 15 bateaux par an aujourd’hui.
Et lorsque nous découvrons le nouveau Linjett 36, une chose frappe immédiatement : ce bateau n’essaie pas de ressembler aux autres.
Linjett 36 : un voilier pensé autour de celui qui navigue
Le Linjett 36 rejoint une gamme comprenant également les Linjett 34, 39 et 43. Le chantier définit ses bateaux comme des performance cruisers, capables de procurer de vraies sensations sous voile tout en restant facilement manœuvrables en équipage réduit, voire en solitaire.
Cette philosophie se lit particulièrement bien dans le cockpit.
À première vue, son organisation peut surprendre. Le barreur est installé dans un espace relativement protégé, presque enveloppé par les aménagements du cockpit. Puis on comprend pourquoi : tout est proche.
Les commandes ont été regroupées autour du poste de barre pour éviter au skipper de courir d’un côté à l’autre du bateau. Les équipiers peuvent, eux, rester installés dans le cockpit sans gêner les manœuvres.
Même les écrans ont fait l’objet d’un vrai travail ergonomique. Le Linjett 36 peut recevoir des afficheurs multifonctions jusqu’à 9 pouces, installés sur un support incliné pour rester visibles aussi bien assis que debout. Raymarine et B&G figurent parmi les équipements proposés.
Ce sont de petits détails, mais leur accumulation raconte assez bien le bateau.
Deux tirants d’eau et jusqu’au gréement carbone
Le Linjett 36 est proposé avec deux configurations de quille. Le tirant d’eau standard est de 1,95 m, tandis qu’une version à 1,80 m est disponible. La quille est en plomb.
La voilure conserve la même recherche d’équilibre entre performances et simplicité.
La grand-voile développe 42 m², associée à un génois de 31 m². Un foc autovireur de 27 m² est également proposé, ainsi qu’un Code sail, un gennaker ou un spinnaker pour les allures portantes.
Le mât aluminium constitue la configuration standard, mais le bateau que nous visitons pousse beaucoup plus loin la recherche de performances. Son propriétaire a choisi un mât carbone laqué blanc ainsi qu’un gréement dormant carbone. Selon Linjett, ce dernier permet de réduire d’environ 80 % le poids des haubans par rapport à la solution conventionnelle.
Là encore, rien n’est imposé. Le chantier adapte le bateau au programme de son propriétaire.
Une étonnante échelle à l’avant
En avançant vers l’étrave, nous tombons sur l’un de ces équipements qui racontent immédiatement l’origine géographique d’un bateau.
Une échelle amovible est intégrée à l’avant.
Pourquoi installer une échelle ici alors que le Linjett possède déjà une plateforme de bain arrière ?
Parce que nous sommes en Suède.
Dans les archipels, les plaisanciers viennent fréquemment présenter l’étrave contre les rochers avant de débarquer directement par l’avant. Cette échelle devient alors parfaitement naturelle. Une fois utilisée, elle retrouve son logement dédié.
Le coffre avant est lui aussi généreux : il accueille les voiles de portant et peut recevoir plusieurs défenses ainsi qu’une importante longueur de chaîne. Un enrouleur électrique pour le Code peut même être intégré directement dans le bout-dehors.
Voilà probablement ce que l’on peut appeler un bateau conçu pour son territoire.
À l’intérieur, deux cabines plutôt que trois
En descendant dans le Linjett 36, on découvre un autre choix assez révélateur.
Il n’y a pas trois cabines.
Le chantier propose uniquement une configuration deux cabines.
À l’heure où certains voiliers de 36 pieds cherchent à multiplier les couchages, Linjett utilise l’espace disponible pour autre chose : rangement, circulation et confort.
La cabine arrière est généreuse. À proximité, un vaste espace permet de stocker cirés, chaussures et vêtements humides. Le chauffage est installé de manière à ce que sa chaleur résiduelle participe au séchage de ce rangement.
C’est tout simple.
Et lorsqu’on rentre trempé après plusieurs heures sous la pluie de la Baltique, c’est probablement plus utile qu’un gadget électronique supplémentaire.
La salle d’eau dispose pour sa part d’une douche séparée, un équipement appréciable sur un voilier de cette taille.
Un intérieur suédois, mais surtout un intérieur fait pour vivre
Notre Linjett 36 reçoit la finition baptisée Beach House.
Le bois naturel domine, avec notamment un chêne vénitien travaillé en relief. L’ambiance est claire et apaisante, mais ce qui retient davantage notre attention est la manière dont chaque volume est utilisé.
Dans la cuisine, les éviers sont suffisamment profonds pour y laisser la vaisselle lorsque le bateau navigue. Sur les bateaux destinés à la Baltique, le chantier peut installer une arrivée d’eau de mer séparée permettant notamment de rincer avant d’utiliser l’eau douce. La cuisinière peut fonctionner au gaz ou être remplacée par une plaque à induction montée sur cardan.
Les rangements sont nombreux et facilement accessibles.
Linjett réalise par ailleurs ses menuiseries en interne, ce qui lui permet d’aller assez loin dans la personnalisation.
Sur le bateau présenté à Ellös, le propriétaire souhaitait par exemple intégrer une enceinte Bang & Olufsen à la décoration. Le chantier a créé son propre logement et repris le même cuir naturel sur plusieurs éléments du carré. Un rangement spécifique pour les bouteilles a également été réalisé.
On est loin de la personnalisation consistant simplement à choisir entre trois couleurs de sellerie sur un catalogue.
Un bateau construit et livré par le chantier
Cette proximité avec le propriétaire est au cœur du fonctionnement de Linjett.
Les bateaux sont vendus directement par l’usine. Le chantier explique privilégier cette relation directe afin de comprendre le programme de navigation et les attentes de chaque client.
Coque, pont, menuiseries et installations sont réalisés en interne, au nord de Stockholm. Après la livraison, le propriétaire est même encouragé à partir naviguer quelques jours dans l’archipel avant de revenir au chantier avec ses questions. Linjett peut alors compléter la prise en main ou la formation.
Une manière assez inhabituelle d’envisager la livraison d’un bateau neuf, mais parfaitement cohérente avec les faibles volumes du chantier.
Entre 500 000 et 600 000 euros… et beaucoup plus avec les options
Cette fabrication a évidemment un prix.
Pour un Linjett 36 correctement équipé, le chantier évoque une enveloppe située autour de 500 000 à 600 000 euros TTC, selon la configuration.
Un bateau fortement personnalisé, doté notamment d’un gréement carbone et d’équipements haut de gamme, peut grimper sensiblement plus haut. L’exemplaire présenté lors de notre visite se situerait ainsi autour de 800 000 euros.
Ce n’est clairement pas un voilier de grande série.
Et il faut être patient : face au succès rencontré par le modèle, le chantier annonçait à Öppet Varv 2026 que les premières disponibilités se situaient alors en mai 2028.
Le Linjett 36 appartient finalement à une catégorie assez particulière. Celle des bateaux que l’on apprécie davantage après vingt minutes à ouvrir les coffres, regarder comment passent les manœuvres et essayer les couchettes qu’en observant leur silhouette pendant trente secondes depuis le quai.
Il y a du bois, du carbone et de beaux équipements, bien sûr. Mais il y a surtout une multitude de petites idées nées de la navigation.
Une échelle à l’étrave, un ciré qui peut sécher dans son coffre, des voiles faciles à sortir, des commandes regroupées autour du barreur. Rien de spectaculaire pris séparément. Mais, une fois assemblés, ces détails disent beaucoup de ce nouveau Linjett 36 et de la façon très suédoise dont il envisage la croisière
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