Avec le MODX 58, Océan Développement poursuit une idée engagée avec le MODX 70 : construire un grand multicoque de croisière capable de se passer de carburant fossile en navigation. Ce nouveau trimaran de 17,60 m, dessiné par VPLP Design et construit à Lorient, utilise une aile Aeroforce de 100 m², 85 m² de panneaux solaires et l’hydrogénération pour alimenter sa propulsion électrique. Mais sa particularité tient peut-être moins à cette accumulation de technologies qu’à la façon dont elles ont été rendues accessibles à un propriétaire.
Il y a quelque chose d’assez déroutant lorsque l’on regarde le MODX 58 pour la première fois.
On reconnaît immédiatement un trimaran. Trois coques, une largeur considérable – 10 mètres tout de même – et cette stabilité de plateforme qui permet d’installer de très grands espaces de vie. Mais le regard finit forcément par monter vers cette drôle de voile verticale posée au-dessus du bateau.
Ce n’est justement pas une voile au sens habituel du terme.
C’est une aile Aeroforce de 100 m². Elle est gonflable, automatisée et montée sur un mât télescopique. Et autour d’elle, toute une partie de ce que l’on associe normalement à un grand voilier a disparu.
Pas de grand-voile à hisser. Pas de génois à enrouler. Pas de winches autour desquels organiser le cockpit. Pas de forêt de bouts courant sur le pont.
Le MODX 58 navigue avec le vent, mais son propriétaire ne le manœuvre pas comme un voilier de 58 pieds.
C’est probablement là que le bateau devient vraiment intéressant.
Une aile de 100 m² que l’on commande depuis un écran
L’aile Aeroforce a été développée en France et son automatisation est réalisée avec Madintec.
Son principe vient davantage de l’aéronautique que de la voilerie traditionnelle. Son profil génère, selon MODX, jusqu’à 70 % de portance supplémentaire par rapport à une voile plate. Un volet asymétrique pilotable permet encore d’agir sur son efficacité.
Mais à bord, toute cette aérodynamique doit précisément se faire oublier.
Le pilote indique la puissance souhaitée depuis un écran tactile, de 0 à 100 %. Le système adapte ensuite automatiquement l’orientation de l’aile à la direction et à la force du vent.
Et lorsqu’elle ne sert plus, elle se rétracte.
Il faut environ sept minutes pour passer du trimaran naviguant sous aile à un yacht propulsé uniquement par ses moteurs électriques.
Pour un propriétaire qui ne souhaite pas embarquer un équipage professionnel, cette simplicité change beaucoup de choses.
Elle libère aussi le bateau. MODX estime à environ 20 % le gain d’espace de vie permis par la disparition des haubans, winches et manœuvres courantes visibles.
Le vent fait avancer le bateau et recharge ses batteries
Le MODX 58 n’est pas simplement un voilier auquel on aurait remplacé le moteur Diesel par un moteur électrique.
Son fonctionnement repose sur trois sources d’énergie qui travaillent ensemble.
Il y a d’abord le vent et cette aile de 100 m². Puis le soleil : 85 m² de panneaux photovoltaïques sont intégrés au bateau, pour une puissance pouvant atteindre 17 kWc.
Enfin, il y a ce qui se passe sous l’eau.
Lorsque le MODX avance sous son aile, ses hélices à pas variable peuvent produire de l’électricité. Cette hydrogénération fournirait entre 3 et 10 kW selon la vitesse du bateau. Le constructeur estime qu’elle peut représenter jusqu’à 60 % de son mix énergétique, contre jusqu’à 40 % pour le solaire.
L’idée est donc assez facile à comprendre : quand il y a du vent, on utilise le vent pour avancer et une partie de cette navigation sert à refaire de l’électricité. Quand le bateau est au mouillage, le solaire continue de travailler. Et lorsque l’on doit manœuvrer, entrer dans un port ou avancer sans vent, les moteurs électriques prennent le relais.
La brochure technique indique un parc de batteries de 175 kWh et une motorisation électrique de 40 kW.
MODX annonce 110 milles d’autonomie en propulsion électrique et, naturellement, une autonomie sans limite prédéterminée lorsque le bateau navigue sous son aile et produit son énergie.
10 mètres de large : voilà aussi ce que permet un trimaran
Toute cette technique ne doit pas faire oublier que le MODX 58 est un bateau de propriétaire.
Et ses 10 mètres de largeur changent sérieusement la vie à bord.
Sur 17,60 mètres de longueur, le chantier annonce plus de 152 m² d’espaces de vie. Le carré représente à lui seul 58 m² et profite d’une vue panoramique à 360°.
À l’arrière, 38 m² d’espaces extérieurs restent protégés. Une grande table permet de réunir dix personnes et fait le lien entre cockpit et intérieur.
À l’avant, on ne trouve pas simplement les trampolines que l’on rencontre habituellement sur un multicoque. Une porte vitrée ouvre sur un véritable pont avant aménagé, avec table et bains de soleil.
La version propriétaire va assez loin dans cette logique.
La suite principale se trouve sur le pont, avec un lit de 180 × 200 cm et un accès privatif vers la salle d’eau située au niveau inférieur. Trois cabines supplémentaires disposent chacune de leur propre salle d’eau et de leurs toilettes.
À l’arrière de la coque centrale, un garage permet de ranger l’annexe mais également paddles et matériel nautique. Il débouche directement sur la plateforme de bain.
Un bateau né à Lorient
Le MODX 58 est aussi un projet très français.
L’architecture navale est signée VPLP Design. Océan Développement assure son développement et sa construction à Lorient. Aeroforce fournit l’aile et Madintec intervient sur son automatisation et les systèmes de pilotage.
Océan Développement n’arrive d’ailleurs pas de nulle part dans le multicoque. Installé à La Base, à Lorient, depuis 2008, le chantier a notamment développé et produit les trimarans MOD70. Il a également travaillé sur l’intégration de l’hydrogène et du kite à bord du navire Race for Water.
Cette culture de la course au large se retrouve moins dans l’apparence du MODX 58 que dans sa façon d’aborder l’énergie : faire avancer un bateau lourd et confortable avec ce que l’environnement peut lui donner, et perdre le moins possible au passage.
Et maintenant, il faudra naviguer
Sur le papier, l’ensemble est séduisant.
17,60 mètres, 10 mètres de large, 100 m² d’aile, 85 m² de solaire, hydrogénération, propulsion électrique et aucun carburant fossile consommé en navigation.
Mais un bateau comme le MODX 58 ne se jugera évidemment pas uniquement à sa fiche technique.
Il faudra voir comment l’aile se comporte dans la vraie vie, avec les changements de vent et la mer formée. Mesurer ce que produit réellement l’hydrogénération sur une journée de navigation. Observer les consommations de la vie à bord. Et surtout vérifier que cette automatisation tient sa principale promesse : permettre à un propriétaire de profiter d’un grand multicoque sans transformer chaque départ au mouillage en séance de manœuvres.
Car c’est peut-être cela, au fond, le pari le plus intéressant du MODX 58.
Ne pas supprimer la voile. Supprimer une partie de ce qui peut la rendre compliquée.
Ocean Développement constructeurs des MODX 70 et MODX 58 est basé à Lorient.
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