21 Novembre 2025
Candela poursuit sa recomposition stratégique. L’entreprise, initialement positionnée sur les vedettes électriques de plaisance à foils, évolue désormais vers le transport de passagers.
Cette inflexion intervient dans un contexte délicat pour la plaisance électrique, marqué par l’effondrement récent de deux acteurs majeurs du secteur, X Shore et Rand. Les limites d’un marché dépendant d’usages récréatifs, d’autonomies contraignantes et d’investissements élevés ont conduit Candela à privilégier un terrain mieux balisé : les navettes à passagers opérant sur des trajets courts, réguliers et équipés en infrastructures de recharge.
C’est dans cet esprit que la société annonce la sélection du Candela P-12 pour un service dans l’archipel de Stockholm en 2026. Il s’agit d’une extension du partenariat existant avec Region Stockholm et l’Agence suédoise de l’énergie, déjà engagées dans l’expérimentation du P-12 Nova sur la ligne 89X entre la capitale et Ekerö.
Les résultats obtenus lors de cette première phase ont confirmé la faisabilité du concept, notamment en matière de réduction des temps de trajet et de baisse des émissions. La Région, qui gère le réseau de transports maritimes, estime que les essais ont permis de vérifier l’intérêt opérationnel du bateau dans des conditions de trafic exigeantes. Le P-12 a notamment démontré sa régularité, un critère déterminant pour un service public soumis à des horaires contraints.
Pour Candela, cette validation constitue un élément clé. « Après avoir testé notre technologie en exploitation dense au centre de Stockholm, nous sommes satisfaits que la Région souhaite poursuivre les essais dans l’archipel. Les caractéristiques du P-12 — rayon d’action, vitesse, faible sillage — permettent d’envisager l’électrification de nouveaux parcours », observe Alexander Sifvert, responsable Nordics du constructeur.
Cette diversification répond également à une réalité économique : le transport collectif représente un environnement beaucoup plus prévisible que la navigation de loisir. Les lignes régulières offrent des distances maîtrisées, des escales équipées et une utilisation intensive qui valorise le coût de possession. À l’inverse, le marché des vedettes électriques privées reste volatil, fortement dépendant de cycles conjoncturels et de contraintes techniques encore difficiles à absorber pour une clientèle individuelle.
Le passage au transport public permet aussi de contourner certaines limites inhérentes aux usages récréatifs : autonomie insuffisante pour les sorties longues, infrastructures de recharge rares dans les zones touristiques, ou encore incertitudes liées à la baisse de vitesse et à l’impact de la houle sur la navigation. En opérant dans des eaux protégées avec des horaires réguliers, les foils électriques de Candela fonctionnent dans des conditions optimales.
Si Region Stockholm espère réduire progressivement l’empreinte carbone de son réseau, l’annonce de ce nouveau test doit néanmoins être replacée dans un cadre pragmatique : la collectivité cherche avant tout à évaluer des solutions alternatives, sans engager pour l’heure un déploiement systématique. Le projet reste une expérimentation, dont les parcours et horaires seront détaillés ultérieurement.
Pour Candela, l’enjeu dépasse le seul cas suédois. La société entend démontrer qu’un modèle industriel viable peut émerger dans le transport maritime électrique, à condition de se concentrer sur des usages répétitifs et maîtrisés. La transition vers les navettes à passagers ouvre la voie à une stratégie plus robuste, fondée sur la continuité de service plutôt que sur les aléas du marché de la plaisance.
En délaissant progressivement un segment fragilisé, Candela tente ainsi de se positionner comme un acteur industriel du transport maritime décarboné, misant sur la stabilité des opérateurs publics et privés plutôt que sur la volatilité du marché grand public. Le P-12 devient alors moins un produit de rupture qu’un outil adapté à une logique d’exploitation rationnelle.