Avec le nouveau No Limit 1320, le chantier néerlandais No Limit Ships transpose sa philosophie du yacht de grand voyage dans un format de 13,20 mètres. Construction en acier Corten et aluminium, certification CE catégorie A Océan, deux Volvo Penta IPS600, 2 250 litres de carburant et 30 nœuds en pointe : derrière une silhouette volontairement robuste se cache un bateau imaginé pour ceux qui considèrent encore qu’un yacht sert d’abord à partir. Loin, longtemps, et sans nécessairement choisir entre vitesse et autonomie.
Il existe des bateaux qui invitent au mouillage et d’autres qui donnent envie de regarder une carte.
Le No Limit 1320 appartient assez clairement à la seconde catégorie. À son bord, on imagine moins volontiers la marina voisine que la côte norvégienne, les archipels de la Baltique, une traversée vers l’Écosse ou une longue descente vers la Méditerranée.
Ce nouveau yacht à moteur construit à Groningen, dans le nord des Pays-Bas, cultive une conception assez particulière du grand voyage. Pas question ici d’un trawler lent, condamnant son propriétaire à choisir entre rayon d’action et vitesse. No Limit Ships revendique au contraire une unité capable d’atteindre 30 nœuds, tout en conservant les fondamentaux d’un bateau destiné à naviguer au large.
Une sorte de bateau tout temps, mais dont le confort et l’aménagement ont été suffisamment travaillés pour envisager autre chose qu’une simple aventure spartiate.
No Limit 1320 : 13,20 mètres pour regarder vers le large
Le chiffre pourrait presque sembler modeste au regard des ambitions du bateau.
Le No Limit 1320 mesure 13,20 mètres de long pour 4,65 mètres de large. Son déplacement atteint environ 18,5 tonnes, ce qui donne immédiatement une idée de sa philosophie.
Sa construction associe acier Corten et aluminium. Un choix qui l’éloigne radicalement de la grande majorité des vedettes rapides de cette taille construites en composite et participe à cette impression de solidité que le chantier veut conserver comme l’une des signatures de No Limit.
Le dessin a été réalisé avec Arnold de Ruyter. Le défi consistait précisément à moderniser la silhouette sans gommer le caractère de ces yachts néerlandais.
Le résultat conserve une présence assez massive sur l’eau, mais les lignes se sont tendues. Le bateau paraît plus sportif, presque plus ramassé, sans chercher à dissimuler sa vocation hauturière.
Avec environ 1,20 mètre de tirant d’eau, le 1320 conserve parallèlement la possibilité d’aller explorer des zones côtières relativement peu profondes. Son tirant d’air d’environ 3,30 mètres élargit encore son terrain de jeu à certaines navigations intérieures.
C’est là l’une des originalités du concept : construire un bateau capable de partir au large sans le rendre prisonnier du large.
Une timonerie conçue comme le cœur du bateau
À bord, tout semble organisé autour de la timonerie.
Ce n’est pas seulement un poste de pilotage protégé auquel on aurait ajouté quelques sièges. No Limit Ships la considère comme le véritable cœur du 1320, l’endroit où navigation et vie à bord finissent par se confondre.
Cette approche prend tout son sens sur un bateau de voyage.
Lorsque l’on navigue plusieurs heures – et plus encore plusieurs jours –, le poste de pilotage ne peut plus être un espace utilisé ponctuellement. On y passe une partie importante de la journée. On y surveille la météo, la route, le trafic, la consommation. On y prend un café. On discute. On regarde la côte défiler.
La visibilité périphérique a donc été particulièrement travaillée. Les grandes surfaces vitrées ouvrent la timonerie vers l’extérieur tandis que deux grands écrans de navigation structurent le poste de commande.
Le principe est finalement assez séduisant : rester en relation permanente avec la mer sans en subir nécessairement les conditions. On regrettera toutefois l'absence de porte latérale, permettant d'accéder au passavant tribord depuis le poste de pilotage, indispensable au port, et la ventilation naturelle du carré, limitée à 2 capots de roof entrouvables.
Lorsque le temps se dégrade, l’équipage reste au chaud et à l’abri. Lorsque les paysages deviennent spectaculaires, ils entrent presque naturellement dans le carré.
Sur un yacht conçu pour voyager dans le nord de l’Europe autant qu’en Méditerranée, cette timonerie fermée n’est pas un détail. Elle change profondément la manière d’utiliser le bateau.
Quatre couchages et de vraies capacités pour vivre à bord
Le grand voyage commence souvent par des détails très prosaïques : de l’eau, du carburant, des couchages et suffisamment de place pour ne pas avoir envie de rentrer au bout de deux jours.
Le No Limit 1320 propose deux espaces de couchage pour quatre personnes au total.
La hauteur intérieure atteint environ 1,95 mètre, ce qui contribue à éviter la sensation d’être enfermé dans un bateau relativement compact. La cuisine bénéficie elle aussi de lumière naturelle et l’aménagement privilégie manifestement davantage la fonctionnalité au long cours que la recherche d’effets spectaculaires.
Les capacités des réservoirs sont révélatrices.
Le bateau embarque environ 690 litres d’eau douce, auxquels s’ajoute un réservoir d’eaux noires d’environ 385 litres.
Et surtout, le No Limit dispose de 2 250 litres de carburant.
No Limit Ships ne communique pas dans les éléments présentés ici de valeur précise d’autonomie à une vitesse économique. Il serait donc hasardeux de transformer cette capacité en un rayon d’action théorique. Elle traduit néanmoins clairement l’ambition du bateau : pouvoir enchaîner des étapes importantes et disposer d’une véritable latitude dans la préparation d’un voyage.
Deux Volvo Penta IPS600 et 30 nœuds
C’est probablement ici que le No Limit 1320 s'écarte le plus de l’image traditionnelle du bateau d’exploration.
La propulsion est confiée à deux Volvo Penta IPS600.
Le système IPS apporte notamment la propulsion orientable sous la coque et une grande facilité de manœuvre, particulièrement appréciable dans les ports avec un bateau de 18,5 tonnes.
Mais les deux groupes donnent surtout au 1320 une vitesse maximale annoncée de 30 nœuds.
Voilà qui change sérieusement la géographie d’une croisière.
Sur un bateau de déplacement naviguant à 8 ou 9 nœuds, une étape de 100 milles constitue une véritable journée de mer. Avec une unité capable d’accélérer lorsque les conditions le permettent, la notion de distance devient différente.
Cela ne signifie évidemment pas que l’on traversera un océan à 30 nœuds. Le grand voyage impose sa propre logique de consommation, de météo et de gestion du bateau. Mais disposer d’une importante réserve de puissance permet de choisir son rythme, de profiter d'une fenêtre météorologique ou simplement de réduire considérablement certaines liaisons côtières.
Le No Limit 1320 veut précisément offrir cette liberté.
Certification CE-A Océan : une ambition clairement affichée
Le chiffre le plus significatif de la fiche technique n’est finalement peut-être ni 30 nœuds, ni 2 250 litres.
C’est la lettre A.
Le No Limit 1320 est annoncé avec une certification CE catégorie A Océan, positionnant clairement le programme du bateau du côté de la navigation hauturière.
Cette ambition s’inscrit dans l’expérience accumulée par No Limit Ships avec ses précédents yachts de voyage.
Le chantier cite notamment le No Limit 15.50 Four Seasons, qui a parcouru plus de 11 000 milles nautiques et a emprunté en 2026 la « Viking Route ». L’intérêt de ce retour d’expérience est évident : un bateau réellement utilisé sur de longues distances révèle assez rapidement les choix d’aménagement ou de conception qui fonctionnent et ceux qui deviennent contraignants après plusieurs semaines de navigation.
Le 1320 bénéficie de cette culture du voyage.
De Groningen aux archipels du Nord, puis pourquoi pas la Méditerranée ?
Et c’est sans doute là que ce bateau devient intéressant.
Un No Limit 1320 pourrait quitter Groningen et commencer par les eaux néerlandaises. Puis viendraient la mer du Nord, le Danemark et ses détroits. Ensuite la côte suédoise, le Blekinge, Stockholm et son immense archipel.
Ou l’on pourrait tourner vers l’ouest.
Traverser vers la Grande-Bretagne. Remonter vers l’Écosse. Aller chercher les Orcades, peut-être les Shetland. Continuer vers la Norvège.
Et pourquoi faudrait-il s’arrêter là ?
Un bateau de voyage est précisément celui qui transforme progressivement la destination suivante en point de départ.
L’année d’après, ce pourrait être la Bretagne. Puis la Galice, le Portugal, Gibraltar. Ensuite les Baléares, la Corse, la côte italienne, la Grèce et les îles de la mer Égée.
Le chantier évoque lui-même ces navigations méditerranéennes et le cabotage entre les îles grecques ou turques.
Cette polyvalence géographique est probablement l’une des grandes forces du No Limit 1320. Sa timonerie fermée et sa construction robuste ont du sens dans les mers du Nord. Son cockpit largement ouvert et ses performances deviennent tout aussi intéressants sous des latitudes plus clémentes.
Un yacht à partir de 1,195 million d’euros hors taxes
Cette conception du voyage a évidemment un prix.
Le No Limit 1320 est annoncé à partir de 1,195 million d’euros hors taxes, en configuration standard.
Nous sommes donc très loin de la vedette familiale de grande série. Mais le bateau ne cherche manifestement pas à entrer dans cette catégorie.
Il s’adresse à un propriétaire qui veut disposer d’un yacht relativement compact, exploitable avec un équipage réduit, mais construit autour d’un véritable programme de navigation.
Et c’est peut-être ce qui rend le 1320 attachant.
Dans un marché où la taille des yachts ne cesse de croître, No Limit Ships prend presque le chemin inverse : 13,20 mètres seulement, quatre couchages, une timonerie protectrice, beaucoup de carburant, une construction métallique, 30 nœuds disponibles et l’océan devant l’étrave.
Il reste alors à faire ce que suggère naturellement ce bateau lorsqu’on le regarde.
Choisir un cap. Et partir.
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