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Le Brexit menace gravement la pêche française

A 10 jours de l'ouverture des négociations du Brexit, le secteur de la pêche s'inquiète d'une possible fermeture des eaux territoriales britanniques aux pêcheurs étrangers.

Photos : Actunautique
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Ces tractations s'annoncent potentiellement dangereuses pour la filière française, qui dépend aujourd'hui largement des zones de pêche du Royaume-Uni. 

La Politique commune de la pêche compromise

L'enjeu principal de ces négociations est la Politique commune de la pêche (PCP), créée en 1983 par l'Union Européenne sur le modèle de la PAC, et qui garantit aux pays-membres de l'UE un équilibre économique, environnemental et même géopolitique quant à la gestion de la ressource halieutique. 

La PCP établit en effet les zones autorisées à la pêche, la capacité des navires et les quotas par espèce de poisson. Elle permet ainsi d'assurer une concurrence équilibrée entre les pêcheurs des différents pays et d'éviter la surpêche. 

Grâce à la PCP, la ressource est considérée commune aux Etats-membres, ce qui autorise les pêcheurs à travailler dans les eaux de n'importe quel Etat de l'Union Européenne en se conformant aux réglementations en vigueur. 

La France dépendante des eaux britanniques

La situation post-Brexit inquiète d'autant plus les filières européennes que les pêcheurs français, belges et hollandais sont complètement dépendants des zones qui entourent le Royaume-Uni en mer du Nord et en mer Celtique, qui sont parmi les plus poissonneuses d'Europe. 

A titre d'exemple, pas moins de 30 ports français sont concernés par la pêche dans les eaux anglaises, qui représente 54 % de la valeur de débarquement à Cherbourg, 53 % à Roscoff, et 43 % à Boulogne-sur-Mer. 

Les Britanniques pourraient menacer d'interdire l'accès à leurs eaux dans l'éventualité d'un Brexit dur, une décision qui entraînerait à n'en pas douter de nombreux licenciements, la disparition de plusieurs armements et le déplacement des bateaux de pêche vers des zones déjà trop fréquentées, le tout menant à une dangereuse augmentation de la concurrence entre les pêcheurs et entre les pays d'Europe. 

Une législation complexe

Tout Etat a le droit légal d'interdire à d'autres l'accès aux zones de pêche situées dans sa ZEE, mais si l’Etat en question ne peut pas prélever la totalité des stocks, il est obligé de permettre à d'autres l'accès au surplus, possiblement en échange d'un paiement de droits. 

Mais il faut aussi prendre en compte les stocks partagés qui, en s'étalant sur plusieurs zones étatiques, ajoutent à la complexité de la mise en œuvre d'une telle mesure. Le droit international mentionne sur le sujet des obligations de coopération, mais dont les modalités actuelles ne sont pas définies avec précision. 

Le problème est donc moins d'accéder aux eaux britanniques que de parvenir à un accord équitable dans la répartition des quotas ; en somme, d'avoir la garantie que les zones concédées soient suffisamment riches en poisson. 

Les représentants du secteur de la pêche ont déjà créé en vue du début des négociations l'European Fisheries Alliance, qui regroupe les différentes organisations professionnelles de neuf pays, et dont les participants organisent des rencontres avec des émissaires de la Commission européenne et des membres de gouvernements. 

Dans ce contexte, le président du Comité national des pêches, Gérard Romiti, a exprimé dans un entretien au Monde son ambition d'affecter à chaque région maritime française un « M. Brexit ». 

La majorité des pêcheurs du Royaume-Uni sont pro-Brexit

De leur côté, les pêcheurs du Royaume-Uni ont été très actifs dans la campagne pro-Brexit. L'organisation professionnelle Fishing for Leave, en faveur de la sortie de l'UE, entend par exemple s'assurer de la « restauration […] du contrôle national sur toutes les ressources maritimes du Royaume-Uni. »

Plus virulente, la NFFO (National Federation of Fishermen's Organisations) a annoncé dans un communiqué que « Lorsque le Royaume-Uni quittera l'UE, il quittera la PCP et agira comme un Etat côtier indépendant […] Les flottes européennes ont énormément bénéficié de l'accès gratuit aux eaux britanniques […] L'ère de l'égalité d'accès est terminée. »

Mais la Commission Européenne compte aussi des arguments de poids : prenant en compte le fait que la moitié du produit de la pêche britannique est commercialisée dans les pays de l'Union Européenne, elle pourrait leur imposer en rétorsion des taxes prohibitives et fermer ses marchés aux Britanniques.

A l'heure où Theresa May a perdu sa majorité parlementaire à Westminster, on ne peut que s'inquiéter des conséquences d'un Brexit mal négocié… 


 

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